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Auteur Fil de discussion: Pourquoi ?... ... histoire d'une maltraitance infantile  (Lu 49979 fois)
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dominique
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« Répondre #60 le: 27 Juin 2016 à 22:20:53 »


........Quelques temps plus tard, mon patron m’a interdit de continuer a courir. Comme les courses avaient lieu le dimanche après midi, il me reprochait de ne pas être présent pour la traite du soir. Alors quand votre patron vous dit.....

" A partir de ce jour, tu seras présent chaque dimanche soir a dix-huit heures pour la traite. Sinon je te retire de l’argent sur ton salaire ! "

J’essaie de lui expliquer que mon dimanche est libre a partir de la fin de la traite du matin, jusqu’au lundi matin quatre heure trente, mais il ne veux rien entendre...

" Si tu n’es pas d’accord, tu as qu’a fiche le camp et retourner d’où tu viens ".

fiche le camp et retourner d’où je viens..... Quelle phrase ! Encore faudrait-il que je vienne de quelque part. Déjà que je ne sais pas très bien qui je suis. Et cela, il le sait. C'est la dessus qu'il joue pour me manipuler..... me contrôler..... Une clôture invisible me retient prisonnier. Je fais partie de son cheptel. Alors il en profite. Si je n’obéis pas, il lui suffit de contacter l’assistante sociale pour que tout rentre dans l’ordre..... dans son ordre, dans leur ordre.
J’en ai marre. Marre de cette vie, marre de penser, marre des gens, marre de tout. Il faut que je trouve une solution. Rapidement. Mais quelle solution ?

Je n’ai pas le choix. C’est terminé, j’arrête de courir. De toute façon, je commence doucement a en avoir marre de ces courses inutiles a courir derrière une médaille.... Non ! Ce n’est pas vrai. Je n’en ai pas marre du tout. J’aime courir. Je prends un réel plaisir a dominer une course, a savoir que personne ne peut me rattraper. Et en quelques sortes, ne suis-je pas le spécialiste de la fuite en avant ! Ce soir là, mon patron m’a coincé dans un coin de l’écurie, et en appuyant fermement sur chacun de ces mots, il m’a dit...

" Ce n’est pas en faisant tes courses stupides que tu gagneras ta vie. Ton avenir est dans les écuries a ramasser la merde aux cul des vaches "

Mon avenir ! Parlons en de mon avenir. Mon avenir de quoi ? De quand ? D’où ?  Il se prend pour qui ce type ! Il croit pouvoir faire de moi ce qu’il veut ? Toute la journée je n’ai de cesse de penser a cette phrase que ce seigneur, ce maître, cet être supérieur..... ce paysan, ce..... Comment ose t il ? De quel droit ? Et ce mot nouveau qui ne cesse de se mettre en avant dans mon esprit..... Ce mot qui, quand je le prononce, me donne la sensation que je n’existe pas.... ce mot qui ressemble a un mur infranchissable.... Avenir. . . mon avenir, c’est vrai ! C’est quoi l’avenir pour une personne comme moi ? Le chemin de ma vie est là, devant moi, et je n’ai pas la possibilité, le pouvoir, la volonté de l’emprunter.
De toute façon, il me manque une chose essentielle pour comprendre ce que signifie le mot "avenir". C’est le savoir. Et là, je ne sais rien, plus rien.

Le temps passe et depuis quelques semaines, je me suis employé a faire le vide autour de moi. Au sens propre comme au sens figuré. Le nettoyage complet. J'y ai récolté la paix, la tranquillité. Ces deux mots, ils ont un prix. Un prix qui se paie au plus fort de sa valeur... La solitude. Il n’y a plus rien ni personne a quoi ou a qui me rattacher, et petit a petit j’ai perdu la notion de la valeur des choses et des êtres. J’ai conscience d’avoir atteint le fond. Je dois réagir. Je dois surtout apprendre ce que signifie le mot  "avenir". Ne serais-ce pas un des éléments du labyrinthe de ma vie? Ne ferait-il pas partie de cette lumière éblouissante qui illumine le long parcours de chaque être humain! Je ne sais pas.....                                          

J’erre comme une âme en peine dans cette exploitation agricole. Je n’ai plus goût a rien. Le dimanche, je ne me rends plus aux repas familiaux qui me permettent de ne pas décrocher avec la réalité. Quant a la qualité de mon travail, je préfère ne pas en parler tellement j’en ai honte. En revanche, a chaque fois que j’ai du temps libre, je le passe avec mon chien. Je reconnais que c’est le seul être vivant avec qui je m’entends. Il passe de longs moments a me regarder. Je suis même tenté de dire a "m’observer".
Je soupçonne que tu comprends ma douleur, toi, le chien. Seulement voilà, tu ne peux pas parler. Mais ne t’inquiète pas, c’est mieux ainsi. Parce que moi aussi je suis incapable de parler. Et puis vois tu le chien, je n’ai rien a dire. De temps en temps, comme toi j’aboie, je hurle ma souffrance. Et comme pour toi, personne ne m’écoute. Je dois t’avouer que si tu pouvais me parler, je serais obligé de m’enfuir. Alors, continue de me regarder, de m’observer, et reste silencieux.

Mais bien sur au fil des jours, la raison a fini par reprendre petit a petit le dessus sur ma déchéance psychique. Je reprends goût au travail, mais plus dans le sens ou je m’investis corps et âmes. Maintenant je sais que je dois changer dans ma façon de faire.
Je ne dois plus travailler pour moi, mais pour mon patron. Je dois apprendre a travailler pour travailler. Sans plus. Ma conscience professionnelle doit disparaître pour laisser la place au laxisme, voire au m’en foutisme. Seulement voilà.....
Au bout de quelques semaines  de labeurs effectués sans conviction, ma véritable nature reprend le dessus. C’est comme une drogue, j’ai toujours ce besoin du travail correctement  accompli. Le plus horrible, c'est ce besoin capital, d'avoir la certitude que mon patron sera content de moi. Pourquoi ?  Je ne le sais pas vraiment. Ou peut être est ce une séquelle de la maltraitance que j’ai subi étant môme !
Toujours est-il que c’est reparti comme avant.
Travaille petit Dominique, travaille. Fais plaisir a ton patron. Il sera content, et de toute manière, c’est ce que tu fais le mieux.
Alors, travaille !........
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« Répondre #61 le: 05 Juillet 2016 à 23:59:13 »

 

                      C'est un dimanche comme tous les autres et pour éviter tout nouveau conflit avec mon patron, je ne quitte plus son exploitation agricole si ce n’est pour faire de longues et interminables balades avec mon chien. Bien sur, je m’arrange pour être présent a l’heure de la traite du soir. La victoire de mon patron se lit sur chaque parcelle de son visage. Il jubile. Il est heureux que je lui obéisse au doigt et a l’œil. De toute façon, je n’ai pas le choix. D’ailleurs, ai-je déjà eu le choix ? Aurai-je un jour le choix ? Je ne sais pas.

Réflexion faite, ne pas avoir le choix, c’est quoi ? Une entité qui permet à l’être faible de se trouver une excuse  pour sa satisfaction personnelle ? Ou tout simplement une manière de se défiler ? De se convaincre que l’on est parfait, malgré la soumission dans l’obéissance  ? Je ne sais pas et franchement, je m’en fiche complètement. Ce n’est pas trop difficile de réfléchir a un problème, c’est  difficile de trouver une réponse.....

Ce matin là après la traite matinale, je me prépare a une longue balade a travers la campagne avec mon ami, le chien. J’ai l’intention de rejoindre un village ou il se passerait des choses effrayantes, proches du surnaturel, de la magie.....

Durant la semaine écoulée, j’ai surpris plusieurs conversations de mon patron avec d’autres personnes du coin. Des quelques bribes de phrases que j’ai put entendre, il est question d’une personne qui aurait tué ses enfants et les aurait mangé. Deux mots revenaient souvent dans leurs conversations...... " Le mage " et chose étonnante, mon patron et les gens du village paraissent effrayés. Et a chaque fois qu’ils parlent de ce "mage", ils ne cessent de regarder autour d’eux.
Pour ma part, je suis amusé de leur frayeur et intrigué par ce "mage". Depuis longtemps j’ai appris a ne pas me fier a un seul son de cloche. Pour l’avoir vécu a maintes reprises, je sais qu’il est facile de dire du mal d’une personne. Il n’y a pas besoin de preuve. Il suffit d’être persuasif pendant une conversation et la personne en face de vous ne demande qu’a vous croire. Je peux même certifier que cette personne vous croit avant même que vous ne lui ayez raconté quoi que ce soit. Qui de nous peut certifier ne jamais croire ce qu’on lui raconte ? Personne, je le crains.
Ainsi est conçu le cerveau humain. Sa capacité première est d’enregistrer toutes les données qui lui sont fournies, pour ne retenir que le sensationnel. Enfin, c’est la vie. Mais toujours est-il que j’ai besoin de savoir. Donc je dois me rendre sur place.
 
Le temps est superbe. Les oiseaux remplissent l’air de leurs vols et leurs gazouillis assourdissants apportent une touche de bonheur indescriptible au fond de mon cœur. Plus loin, un couple de renards par leurs jeux, dessinent des arabesques majestueuses dans le fond bleu de l’horizon. La nature est vraiment magique.
A l’orée d’un bois, une harde de sangliers fait un bref passage a découvert pour disparaître aussitôt dans les sous bois. Mon chien gambade joyeusement au gré de son humeur vagabonde. Il est heureux. Nous sommes heureux. Si seulement chaque jour de ma vie pouvait être comme celui ci. Force est de constater que c’est avec la nature et ses animaux que je me sens vraiment moi-même.
Pourquoi ne suis-je pas un animal ? Un arbre ? Le vent ? La pluie ? Le soleil ? La. . . Pourquoi ne suis-je pas la nature ?
Et voilà ! Il suffit qu’une bribe de bonheur s’installe dans le brouillon de mon existence, pour que tout de suite mon cerveau se déconnecte de  la réalité.
Au risque de me répéter, j’affirme et je maintiens que dame nature est ce qu’il y a de plus majestueux dans le puzzle de notre existence. Que serions nous sans elle ? Nous ne serions pas ! Dame nature est notre mère a tous. Elle a accouché de tout être vivant sur notre planète. Et notre bonne vieille terre, n’es-t-elle pas elle-même nature ? Et l’univers, n’est–il pas. . . . Allez, j’arrête.

Au détour d’un chemin, je découvre mon chien en arrêt devant quelque chose qui tente désespérément de fuir. Rapidement je rappelle le chien, mais il refuse de bouger de devant cet animal qui paraît être un oiseau. Je suis encore trop loin pour savoir de quel animal il s’agit. Soudain, ce dernier pousse un cri que je reconnais de suite. Il s’agit d’un rapace. Il doit être blessé. Je courre en direction de mon chien que je saisis fermement par son  collier, pour éviter qu’il ne fasse du mal a ce magnifique oiseau.
Je ne me suis pas trompé. Il s’agit bien d’un rapace. Une buse. Elle est très jeune, parce qu’un duvet recouvre en partie son plumage. Les couleurs de ce dernier sont magnifiques, blanc, mauve, gris,  bleu, noir, Cet oiseau est divin. Pendant que je contemple ce chef d’œuvre de la nature, le chien essaye de lui mordre les ailes.

" Couché le chien ! "

C’est par cette phrase que je calme cet animal stupide, qui par sa férocité pourrait tuer ce splendide volatile. Les ailes déployées, le bec ouvert, la buse me fait face. Elle semble avoir plus peur de moi que du chien.
Elle a raison. Dans mon fort intérieur, pendant ma contemplation de cet exploit de la nature, j ‘ai déjà décidé que cet oiseau serait a moi par n’importe quel moyen. Le capturer a été chose facile. J’ai enlevé mon tricot que j’ai utilisé comme un filet, pour emprisonner l’oiseau. Il m’a ensuite suffit d’envelopper ce dernier et de le glisser délicatement dans mon sac a dos.
Seulement voilà. Un dilemme se pose a moi. Qu’est ce que je fais ? Je continue ma balade jusqu’au village du "mage", ou je rebrousse chemin vers la ferme ? Il ne me faut pas longtemps pour choisir la seconde solution.
Le village du "mage" attendra. Pour l’instant il faut que je m’occupe de mon oiseau. En moins de temps qu’il n’en faille pour le dire, me revoilà  sur le chemin du retour. Je presse le pas pour ne pas laisser mon rapace trop longtemps enfermé dans le sac a dos. Mon chien a mis longtemps a ce décider a me suivre. Il ne comprend pas que la promenade est déjà terminée. De temps en temps il s’arrête et aboie comme pour me dire que je me trompe de direction.

"La ferme le chien ! Fais ce que tu veux, je n’ai pas le temps"

Résigné et soumis, il m’emboîte le pas…….  ......De retour a la ferme, je n’ai pas le choix, je dois montrer le rapace a mon patron. Sa réaction n’est pas celle a laquelle je m’attendais. Je reste sans voix quand je l’entends me dire.

"Il ne te reste plus qu’a lui construire une volière "

Je tombe presque sur le derrière quand il rajoute......

"Tu trouveras du bois et du grillage dans le hangar près du jardin"  

Je sais que les adultes sont souvent bizarres dans leur façon de parler ou de faire. Je ne m’y ferai jamais. Les grands sont incompréhensibles. Un matin quelconque vous vous levez, vous croisez l’adulte responsable de votre personne. Innocemment votre regard emprisonne le sien. Quelques secondes d’hésitation, et vous lui dites "bleu"...... Cet adulte responsable va entrer dans une phase négative dont lui seul a le secret, et d’une voix caverneuse il vous répondra "noir foncé"....
Le lendemain matin, sans que rien ne soit venu améliorer son quotidien, vous croisez a nouveau la même personne. Timidement vous lui chuchotez..... "noir foncé" Et la, sans crier gare, elle vous répond.... "bleu ciel".....

Un adulte, c’est imprévisible. Compliqué. Un adulte, c’est....... c’est un adulte. Aujourd’hui, ce n’est pas moi qui vais contredire le coté "bleu ciel" de mon patron. Je me dépêche d’enfermer mon rapace dans un clapier,  vide de tous lapins bien sur. Ensuite je me presse de rassembler le matériel généreusement proposé par mon patron.

En une journée, la construction de ma volière est terminée. A plusieurs reprises j’ai surpris mon patron en train de m’observer, caché derrière les rideaux de la fenêtre de ce que je pense être son bureau. Je soupçonne mon patron de vouloir participer a mon aventure inédite avec ce rapace.
Mon bon patron, jamais je ne vous ai vu jouer avec vos enfants, toujours je vous ai vu travailler. Donc il n’est pas possible que vous veniez jouer avec moi. Vous n’en avez pas le droit. Vous, mon patron, mon bon patron ! Il vous est interdit de vivre la même passion que votre ouvrier. Le loisir reste le fruit défendu de votre jardin d’éden.

Et mon rapace, dans tout cet imbroglio de pensées, que fait mon rapace ?  Blotti dans un coin de son clapier, il semble apeuré. Ses ailes déployées, son bec ouvert, et ces petits cris plaintifs me laissent de marbre. Peut être a-t-il faim ? Il faut que je lui trouve a manger.
A manger !...... ça mange quoi un rapace? Je ne sais pas ! Si, je sais ça mange des souris, des..... des mulots..... comment je vais attraper ces animaux ? Je suis totalement perdu.

Tout en regardant autour de moi, je cherche désespérément une solution a ce nouveau problème. Soudain, mon attention est attirée par les poules qui se baladent en toute liberté dans l’exploitation agricole. Une idée machiavélique germe dans mon cerveau.
L’air de rien, je me promène au milieu de la volaille. Il faut que j’arrive a attraper une poule, a la tuer et a la donner a mon rapace sans que mes patrons ne se doutent de quoique ce soit. Je réalise rapidement que c’est une mission impossible. Malgré le fait que ces volailles  se promènent en toute liberté, je soupçonne que ma patronne connaît chacune d’entre elles. A maintes reprises, certains soirs au coucher du soleil, j’ai  observé ma patronne qui enfermait ces volailles dans le poulailler. A sa manière d’observer ces poules, je suis sur qu’elle les compte. Il lui arrive souvent de ne pas fermer tout de suite la porte du poulailler. Chaque fois, dans le quart d’heure qui suit, une, voire deux volailles arrivent je ne sais d’où, pour se précipiter dans le poulailler. Certains soirs, une poule ou un canard ne regagnent pas leur abri. Pendant le souper, la patronne peste quelques minutes contre les renards ou tout autre animal sauvage capable se s’attaquer a sa basse cour et bien vite l’incident est oublié.

Par mon observation de tous ces faits, je déduis que je ne prends pas trop de risques. Une poule de plus ou de moins ! Ma buse a faim. C’est mon seul problème.
Je me trouve a proximité du poulailler que je connais bien pour le fréquenter régulièrement et sournoisement de nuit. Parce que les poules pondent des œufs. Un œuf, c’est de la nourriture. Alors, quand les fantômes de ma maltraitance reprennent le dessus sur mon fragile bon sens, c’est vers ce poulailler que je me dirige. Je pénètre silencieusement dans ce lieu et dérobe un ou deux œufs que je gobe sur place. Ensuite, comme un voleur que je sais être, je regagne sournoisement ma chambre pour enfin pouvoir m’endormir.

Aujourd’hui il faut que j’attrape un gallinacé, que je le tue et.... le tuer ! Mais je n’ai jamais tué une poule de ma vie ! D’ailleurs je n’ai jamais tué aucun animal. J’en suis incapable. Doucement je me fais à l’idée qu’il va falloir que je relâche mon rapace. Après tout, il a qu’à se débrouiller pour trouver sa nourriture. Il peut très bien attaquer une..... J’ai la solution !

Cette nuit là, mon rapace a  ( dormi )  avec les poules.

Le lendemain matin a quatre heures trente, avant d’aller chercher les vaches au pré, je pénètre doucement dans le poulailler pour récupérer mon oiseau. Un silence pesant règne a l’intérieur du dortoir des poules. Le doigt sur l’interrupteur, je mets plusieurs secondes pour me décider à éclairer la baraque. Quand enfin je me décide, c’est pour rester figé comme la statue de la liberté. Tout autour de moi, il y a du sang et des plumes. Par terre, sur les murs, partout ! Il n’y a pas un endroit de la pièce qui ne soit pas maculé de sang avec des plumes collées dessus.  Et  par terre, des tas sanguinolents ! Mais qu’est ce que..... Ce sont des poules déchiquetées. Il n’y en a plus une de vivante ! Sur la trentaine de gallinacés, il ne reste plus rien. Quant à ma buse, bien installée sur un perchoir a poules, elle semble fière et satisfaite de son carnage. Du fond de mon cœur, je le jure ! Jamais je n’aurai cru que cet idiot de rapace allait massacrer toute la basse cour. Il a même tué les canards. Cet animal est vraiment..... sauvage.
Sauvage ! Je comprends mon erreur. J’ai enfermé une bête sauvage avec des bêtes apprivoisées. Ce n’est pas le rapace qui est idiot, c’est moi ! Je crois tout savoir, et je ne sais rien. Je crois tout connaître, et je ne connais rien. Tout à l’heure, quand ma patronne va ouvrir la porte du poulailler pour libérer ces poules, je risque de gros ennuis. A moins que je trouve une solution tout de suite........
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« Répondre #62 le: 17 Juillet 2016 à 23:46:37 »

 

 Je suis très en retard pour aller chercher les vaches. Prudemment je saisis mon rapace qui, repu de son gargantuesque repas, ne manifeste  aucune sorte d’hostilité. J’éteins la lumière du poulailler, j’enferme mon rapace dans sa volière et me dépêche d’aller chercher les vaches qui m’attendent patiemment a l’entrée de leur pré. Une demie heure plus tard, arrivé a quelques centaines de mètres de la ferme, je peux voir mon patron qui m’attend avec impatience. J’ai un bon quart d’heure de retard.
Pour ma défense, je raconte que deux vaches manquaient a l’appel et qu’il m’a fallu aller les chercher a l’autre extrémité du pré. Après la traite, pendant que je m’éloigne avec le troupeau de vaches que je ramène au pré, j’aperçois ma patronne qui traverse la cour de la ferme avec sa petite cuvette remplie de graines. Elle va libérer et nourrir ses poules. Je m’efforce de ne plus regarder en arrière, de peur de me faire remarquer. Pour me donner de la contenance, je pousse quelques cris stridents pour faire avancer le troupeau plus rapidement.

Vu le temps écoulé, ma patronne doit avoir découvert le massacre. Un frisson me parcourt tout le corps. Je suis certain qu’ils vont comprendre ce qui est arrivé. Je vais en prendre pour mon grade. Peut être vaut-il mieux que je ne rentre pas a la ferme ! Ce serait plus sage. Seulement voilà, où aller ? Et puis à quoi bon ? Ne faut–il pas toujours assumer ces fautes ? Allez, courage. Une bonne engueulade, peut être quelques coups de pieds au derrière, et le tour est joué. N’es-ce pas le résultat qui compte ? Mon rapace a bien mangé, le reste n’a aucune valeur.

Après m’être assuré que les vaches sont bien enfermées dans leurs pâturages, je me dirige d’un pas décidé sur le chemin du retour. Encore deux cents mètres et je serai dans la cour de la ferme. Plus que cent mètres, cinquante... ...  Soudain, la peur me paralyse sur place. Je suis incapable de faire un pas de plus. Je viens d’apercevoir et d’entendre mon patron et ma patronne qui se disputent.
Miracle ! Merci mon dieu. Merci de m’avoir sauvé. Ma patronne reproche a mon patron de ne pas avoir remplacé assez rapidement le carreau cassé du dortoir des poules. Selon elle, ce serait par ce trou qu’une fouine, une belette ou un renard serait entré dans le poulailler.
Tout de suite je me sens mieux.

Tout en sifflant un petit air innocent, je passe a coté de mes patrons qui, position sociale oblige, attendent que je disparais au coin de la maison pour reprendre leur conversation animée. Tout d’un coup, je me sens bien. Je suis heureux. Je peux déjà certifier que ma journée sera excellente. La preuve. Une heure plus tard, ma patronne m’aborde et me dit   

"Cette nuit une bête sauvage est entrée dans le poulailler et a tué toutes mes poules. Elles sont dans le grand congélateur. Tu peux les donner a bouffer a ta bestiole" 

Je ne sais pas pourquoi, mais c’est plus fort que moi, je lui réponds
 
"Je ne crois pas qu’elle va aimer cette nourriture ! " 

Ma patronne me demande de fermer ma grande gueule, et surtout de ne pas la prendre pour une idiote. Ces adultes alors, ce qu’ils peuvent être malpolis !
A raison d’une poule tout les deux jour, au bout de quatre semaines mon rapace est devenu le plus bel oiseau de toute la région. Il est même devenu la curiosité principale du village. Certains villageois m’apportent des cadavres de volailles que je refuse systématiquement. Faudrait tout de même pas exagérer !
Pourtant un jour, j’ai fait la bêtise de ma vie avec mon rapace. Depuis quelques jours, après le repas de midi, je sors mon rapace de sa volière et je le laisse gambader au milieu de la basse cour. Il sait pratiquement voler. Je sens que bientôt il va falloir que je le relâche. Enfin ! Le plus tard possible. Au fond de moi-même, je souhaite que ce moment n’arrive jamais. Je suis d’accord que cette bête appartienne a la nature, mais avant tout, elle est ma propriété. C’est moi qui l’ai sauvé d’une mort quasi certaine. Une bestiole, quelle qu’elle soit, quand elle est abandonnée par ces parents, n’a pas d’autre choix que la mort.

Quoi que... ...  j’ai aussi été... ... non, ce n’est pas pareil, enfin, si... ... presque. Pendant que je me perds dans mes pensées, je ne remarque pas le comportement bizarre de mon rapace. Ou plutôt si, je vois mon rapace sans le voir. Et quand enfin je réussi a revenir dans la réalité, il est trop tard. Mon rapace vient de prendre son envol. Seulement voilà, au lieu de décrire sa courbe habituelle et revenir vers moi, il s’éloigne de plus en plus haut dans le ciel. J’ai beau l’appeler, lui siffler, rien n’y fait. Il n’est bientôt plus qu’un point dans l’horizon. C’est seulement a cet instant que je perçois des cris d’autres rapaces. Ils sont quatre, et volent très haut dans le ciel en décrivant des cercles. Je ne sais pas si mon rapace les a rejoint. Si c’est le cas, il a trouvé la lumière éblouissante du...... Et voilà, c’est fini ! Mon rapace, je lui avais donné un nom.
Était-ce un mâle ou une femelle ? Je n’ai jamais cherché a le savoir. Cela n’avait pour moi aucune sorte d’importance. Mon rapace, il s’appelait  "Belle".

Ainsi se termine un passage de ma vie, et à nouveau je me retrouve seul. Abandonné comme a chaque fois. De toute façon, " m’en fous, même pas mal ". Il me reste mon chien et lui, je sais qu’il ne m’abandonnera jamais.   Et pourtant......
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« Répondre #63 le: 28 Juillet 2016 à 00:03:29 »

 ........Il y a longtemps que j’ai abandonné mon projet de ballade dans le village du mage. De toute façon, aux dernières nouvelles, il aurait été arrêté par les gendarmes. Par contre, je me suis fait un nouvel ami....

Nous sommes en hiver. Mon travail des jours ci, consiste a couper une haie d’une centaine de mètres de long, sur une dizaine de mètres de large. J’adore ces travaux d’hiver. Seul toute la journée, dans un pré au milieu de nulle part. Mon patron m’a donné une semaine pour exécuter ce travail. Donc au départ j’ai divisé la haie en six parts égales. Les six jours de la semaine. Dès le premier jour, je sais que ce sera un travail facile. Une heure avant la tombée de la nuit, mon travail prévu pour la journée est terminé. Couper les haies, en faire un tas, y mettre le feu, ramasser les cailloux et les charger dans une remorque, bref, faire place nette.

Je commence le matin à neuf heures pour terminer le soir à seize heures trente. Entre midi je ne rentre pas à la ferme pour manger. Je préfère me restaurer sur place d’un bout de pain et d’un morceau de saucisson. Ma proposition de manger sur mon lieu de travail n’a pas choqué mes patrons outre mesure.
Le matin, après la traite des vaches, je démarre le tracteur, j’y attèle la remorque et après avoir récupéré mon casse croûte chez la patronne, je me rends guilleret sur mon lieu de travail distant de quelques kilomètres de la ferme. La matinée se passe sans encombres.  

Le clocher de l’église du village voisin sonne midi moins le quart. Il est temps d’allumer le feu sous le tas de branches coupées la veille. En quelques minutes, des gigantesques flammes montent dans la froideur de l’hiver.
Comme il a neigé une bonne partie de la matinée, je m’approche du feu au maximum pour sécher mes habits humides. Ensuite, assis contre un autre tas de branches, je mange mon repas. Pour rien au monde je ne voudrais échanger ce moment magique. C’est une véritable communion avec la nature. Elle et moi ne faisons plus qu’un. Je me sens bien, seul au milieu de nulle part. Personne pour me dire ou me reprocher quoi que ce soit. Il faudrait que ce soit comme ça tous les jours que dieu fait, il n’y aurait que...

"Salut, je peux me réchauffer près de ton feu ?"

D’un bond je suis debout, et je me tourne vers l’endroit d’où la voix est venue. Devant moi se tient un grand gaillard. Il doit mesurer deux mètres et peser cent kilos. Je n’en mène pas large. De plus je ne le connais pas. Pour ne pas arranger la situation, je suis dans l’incapacité de sortir la moindre syllabe. Mais déjà il s’est approché du feu, les bras tendus vers ce dernier il me dit.

"Tu n’as pas besoin d’avoir peur de moi ! Je veux seulement me réchauffer !"

Pour seule réponse je lui tends mon morceau de pain et le saucisson.

"Merci, c’est sympa mais je n’ai pas faim."
 
Je suis mal à l’aise. Jamais je ne me suis trouvé dans cette situation. Heureusement ce type est bavard pour deux. Il m’explique qu’il habite dans le village qui se trouve derrière la colline dont il me montre la direction d’un signe de tête. Il me dit que dans son village il y a beaucoup de jeunes de notre age, et qu’ils voudraient tous faire ma connaissance. Il me dit aussi qu’il est au courant de mes exploits de coureur a pied.

"Je t’ai même vu courir !"

Alors là ! J’ai du mal a  contenir ma joie. Il m’a vu courir ! Et ces potes veulent me connaître ! Je rapproche ma main au maximum d’une braise rouge pour être sur que je ne suis pas dans un de mes moments de délire. La douleur que je m’impose me conforte dans ma pensée que tout cela est bien réel. Tout a coup, sans crier gare et surtout sans réfléchir, je m’entends lui dire.

"Je m’appelle Dominique"
 
 Quel exploit ! Moi, le petit canard pleureur ! Je me présente à une personne que je ne connaissais pas il y a cinq minutes ! Ce n’est pas possible, je dois rêver. Je vais me réveiller, c’est sur. Oui, je rêve....
Alors je me baisse, je tends ma main vers une braise  flamboyante, la saisit et....... Un hurlement inhumain sort du plus profond de ma gorge. Comme un débile je pique un cent mètres a travers le pré. Combien de temps j’ai gardé la braise dans la main ? Je ne puis le dire. Quand a mon nouveau copain, couché par terre dans la neige et la boue, il se tord de rire a en mourir.

Campé devant lui, les jambes écartées, les mains... heu pardon, la main valide posée sur ma hanche et ne sachant ou mettre l’autre pour ne plus souffrir, d’une voix lugubre je lui dis.

"A toi de faire la même chose si tu veux devenir mon ami... "
 
C’est tout ce que j’ai trouvé de valable a dire pour justifier mon acte de ravagé du cerveau. Son rire cesse immédiatement. Son regard d’abord soupçonneux se transforme en un regard de défi. J’ai la désagréable sensation qu’il me sonde le cerveau pour trouver je ne sais quoi. Alors je lui demande

"Tu as peur ?"
 
Ma phrase à peine achevée, sans regarder le feu, il plonge calmement sa main dans les braises rougeoyante, attends quelques secondes et tout aussi lentement, la retire du feu. Je suis tétanisé sur place. Incapable de prononcer le moindre son. Là dessus mon nouvel ami se lève, me tend sa main qui quelques secondes auparavant se trouvait dans le feu, et me demande avec un sourire sur les lèvres

"Ami ?"...................

C’est pendant que je lui serre la main que je me rends compte de la supercherie. Elle est entièrement recouverte de boue. Ce fou malin ne risquait rien du tout. Même s’il avait laissé la main dans les braises pendant quelques minutes, jamais il ne se serait brûlé. En même temps qu’il s’éloigne, il me lance

"C’est le résultat qui compte !  Salut Dominique... a bientôt"

Les pieds plantés dans la boue au milieu de nulle part, je regarde mon nouvel ami s’éloigner. Mon cœur est chaud. J’ai un nouveau copain et déjà il m’a appris quelque chose. Obtenir un résultat a n’importe quel prix !

Je panse ma  brûlure avec un  chiffon récupéré dans le coffre à outils du tracteur, et m’attelle tout guilleret a mon œuvre de débroussaillage.  Le soir a table, personne ne me demande ce que je me suis fait a la main. De toute façon ça m’arrange. Ils n’ont pas besoin de savoir.......
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« Répondre #64 le: 01 Août 2016 à 22:49:03 »

........Ce matin après la traite, mon patron m’annonce qu’aujourd’hui on ne travaille pas.

"C’est jour férié, fais ce que tu veux. Mais ce soir on va te mettre à l’épreuve. Tu t’occuperas de la traite des vaches tout seul..... Nous ne serons pas là."
 
Pauvre petit patron malin. Tu n’es pas capable de me demander de te rendre service ? Toi, ton épouse et tes gosses êtes invités a manger en famille ! Je le sais, ta belle-mère me l’a dit. Tu ne voulais pas aller a ce repas de famille. A cause de moi, paraît-il. Mais ta belle-mère t’a convaincu. Elle t ‘aurait même dit.....

"il est temps que tu lui fasse confiance."

Mon bon patron, quand deviendras tu honnête avec ton employé ? Un jour peut-être. Et avec toi-même ? Jamais, je le crains.  Mais cela a-t-il une quelconque importance ?
Ce soir là a la traite, je me suis acquitté de ma tâche comme un grand garçon. Je dois avouer que c’est un moment  positif et négatif a la fois, qui c’est gravé a jamais dans ma mémoire. Pourquoi... ? La solitude dans un défi quelconque est un instant magique et effrayant à la fois.

Magique parce que......
Chacun d’entre nous a été un jour ou l’autre confronté à l’exécution d’une tâche nouvelle. Je suis persuadé qu’au niveau "être humain" il existe un seul et unique moyen pour s’acquitter de son labeur. C’est la solitude ! Elle vous donne une sensation de force, de sûreté de soi même, de puissance...
Mais surtout, et là se trouve l’importance de la solitude, par le fait d’être seul a contrôler cette situation nouvelle, vous vous autorisez a un voire plusieurs échecs qui en aucune manière que ce soit, ne peut altérer votre combativité. Le résultat final sera toujours positif.

Effrayant parce que......
Le coté positif d’une situation comme...... une nouvelle tâche implique en général d’exécuter un défi devant des témoins. Sa valeur n’en sera que plus forte, plus noble. Vous en gagnerez obligatoirement le respect et l’admiration des témoins de cet instant.
Pourtant je crois que... non... je ne crois rien, je ne sais rien... Je ne sais pas.

De nouveau, grâce a mes réflexions, je me  prouve que la solitude restera toujours ma meilleure et plus sure amie. Elle conforte et renforce mon mental dans le refus des autres qui je crois, au fil du temps, sont devenus "l’autre", ce fantôme de mon enfance maltraitée. Cet être abject qui a détruit mon "moi", qui l’a enfermé dans le labyrinthe...... Ou est la sortie ? Peut être la bas... l’horizon... cette lueur..... au secours... aidez-moi !
                                                                      
          Le lendemain matin pendant la traite, pas un mot de remerciement ou de félicitation ne fuse de la bouche de mon patron. Même ma patronne m’ignore. Je sais ce qu’il se passe. Je devrais plutôt dire, ce qu’il s’est passé....

Dans la nuit, j'ai attendu que mes patrons rentrent. Par avance, je savais qu'au lieu de se diriger vers leur maison d’habitation, ils sont allés dans le local ou sont enfermés les bidons de lait. Je savais qu’ils viendraient là. Je les observais et les écoutais caché dans le noir.
Avec étonnement, ma patronne a dit à mon patron.

"Il a fait plus de lait que nous !"

Lui, il s’est contenté de hausser les épaules, a éteins la lumière et sans un mot est rentré dans son repaire de...... dans sa maison.
Mon bon patron est jaloux de son idiot d’employé ? Mais oui ! Que ça fait du bien ! Seulement, mon bon patron, si tu avais contrôlé le taux de matière grasse du lait, tu aurais remarqué qu’il est moins élevé que d’habitude ! J’ai rajouté de l’eau dans le lait.... Dix litres !

Mon ami de l’autre jour a raison, c ‘est le résultat qui compte. Et toi petit patron présomptueux, tu ne triches jamais ? Si, bien sur ! Comment ?
Sur le dessus du lait qui est stocké dans les bidons, il y a une épaisseur de crème de quelques millimètres. Combien de fois ai-je vu ton épouse en récupérer ? Si tu savais comme je suis au courant sur tes magouilles en tous genres. Enfin ! Il paraît que tout le monde fait la même chose. Et puis de toute façon, "m’en fous....."


Amies ( is ) lectrices ( eurs ), vous vous souvenez de mon arrivée dans cette ferme et de la fameuse  "Colette". Ce nom donné par mon patron a ce hurlement inhumain perçu ce jour là.

Aujourd’hui je suis en mesure de vous dire de quoi ou plutôt, de qui il retourne. La Colette, n’est ni plus ni moins qu’une fille ! Oui, une fille. Pour vous parler de la Colette, il va me falloir utiliser un vocabulaire que j’emploierai plutôt lors d’une visite d’un zoo. Mais ce n’est pas tout.... dans ce zoo, le seul endroit compatible avec mon vocabulaire.... ce serait la cage des gorilles !

La Colette, c’est une jeune fille de seize, dix-sept ans, qui je peux le certifier, n’a jamais porté de robe. Elle ne sait même pas ce que c’est. Mais si ! Je vous le jure, c’est vrai ! Lors d’une conversation que j’ai eu avec cette "fille", j’ai abordé le sujet de la robe.

"Colette, pourquoi tu ne te fais jamais belle pour le dimanche ? Tu pourrais mettre une robe, tu serais jolie..."


Nous sommes tous deux assis sur un tas de bois, le soleil disparaît lentement a l’horizon, un petit vent léger.... La Colette saute en bas du tas de bois, m’attrape par les deux pieds et me tire sans ménagement de mon piédestal. J’ai le dos en compote. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche que déjà elle m’attrape par le col de ma veste de travail, me remet debout sans aucun effort, approche sa figure a cinq centimètres de la mienne et d’une voix forte et menaçante me dit....

"Les robes c’est pour les filles, Si jamais tu m’insulte de nouveau, ou que tu essaie de me séduire, je te tue...."

Je vous jure que la Colette est une fille. Ce n’est pas un garçon comme je l’ai cru pendant une fraction de secondes !
J’ai senti les formes généreuses de son corps contre ma poitrine pendant qu’elle me tenait par le col de ma veste. Je vous jure que je n’ai pas essayé de la séduire. J’ai humé le parfum que dégage le corps de la Colette. C’est une senteur de terre mélangée a de la bouse de vache. Pour un nez connaisseur comme le mien, je retrouve aussi les effluves parfumés de l’écurie, des vaches, des poules, des... Les senteurs de la nature sont en symbiose avec Colette.
Une odeur plus forte que toute les autres, éveille les réserves de mes sens olfactifs. Il m’est difficile de résister à cette nouvelle saveur "nature".
Pendant que la Colette me dit sa façon de voir sa propre personne, son visage est proche du mien, très proche. La peur m’a fait fermer les yeux. Pendant quelques secondes, j’ai cru avoir été éclaboussé par le purin qui s’écoule le long du tas de fumier.
Que nenni ! Ce n’est rien de tout cela ! C’est  l’haleine de  la Colette.... C’est une fille nature. Il est vrai que j’ai eu le temps d’apercevoir les quelques caries dentaires qui ornent sa fine bouche. C’est sur que la Colette doit utiliser un de mes débuts de phrase qui m’est très cher. Souvent elle doit dire....

"m’en fous.... "

Pourtant la Colette dispose d’une qualité humaine que personne de nous ne peux se vanter d’avoir. A  elle toute seule, du haut de ces seize ans, Colette dirige une exploitation agricole de bonne taille. Quand j’utilise le mot " dirige ", c’est au sens propre. Bien sur, son oncle qui est le propriétaire de la ferme, travaille avec elle. Il est plus dans la catégorie commis de ferme que propriétaire. Dans un sens, cette situation l’arrange. La Colette prend toutes les décisions et exécute tous les travaux. C’est un véritable chef d’entreprise. C’est pour cela, que malgré ces petits défauts, elle impose le respect. De toute façon, de son corps émane une telle puissance, qu’il est quasiment impossible de ne pas respecter la Colette.

Dans le village, nous sommes quatre commis de ferme. Quand nous discutons entre nous, il est souvent question du même sujet de conversation. Devinez... La Colette bien sur ! Non, vous vous trompez. Personne de nous quatre en pince pour elle. Unanimement, nous sommes d’accord sur un point. La Colette ne devrait pas exister. Ou alors, elle devrait habiter loin, très loin de nous. Pourquoi ? Parce que nos patrons respectifs la nomment continuellement comme exemple !

Colette par-ci, Colette par-là. La Colette a décidé que... La Colette a labouré plus que... La Colette n’a pas besoin de.....

Sérieusement, la Colette, elle nous énerve. Moi plus que les autres commis. Eux, ils ont la chance d’habiter assez loin de cette... Colette. Mais moi, j’habite a coté de chez elle ! Vingt mètres séparent les deux fermes ! Je suis sérieux, vingt mètres. Pas plus. Le matin quand j’ouvre les yeux, au lieu du doux bruissement de la nature, c’est la puissante voix de la Colette que j’entends ! Parce que la Colette se lève une heure avant tout le monde ! Je me lève a quatre heures trente. C’est pas mal ! Je ne peux pas faire mieux. De toute manière, je refuse de faire mieux.

Et les sourires que lance la Colette a mon patron ! Ayant fini de traire ces vaches une heure avant nous, quand elle les ramène au pré, mademoiselle se sent obligé de pousser des cris inhumains qui servent à soit disant faire avancer le bétail plus rapidement. Non, ce n’est pas pour cette raison, puisque toutes les bêtes ont peur d’elle ! D’ailleurs c’est la seule personne qui n’a pas besoin de chien de troupeau. C’est vrai ! Je dois même vous avouer que mon chien, mon berger allemand, a peur de la Colette.

Quand mon patron entend les cris de cette dompteuse de la nature, c’est plus fort que lui. Il  faut qu’il mette son nez a la porte de l’écurie. Alors la Colette lui lance son sourire le plus narquois, le plus moqueur, le plus..... Et lui, comme chaque matin, s’adressant a moi sans se retourner, me dit.

" Dépêche-toi fainéant, la Colette... "

Il m’énerve, elle m’énerve ! Comme ils disent tous dans le village

" elle sait mener son monde, la Colette ! "

Voilà, ceci est le passage dans ma misérable vie d’une. . . . . . . .  d’une fille. La Colette.
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« Répondre #65 le: 12 Août 2016 à 00:00:46 »




                                  Aujourd’hui, la journée promet d’être magnifique. Mes patrons seront absents jusqu'au soir. Mon seul travail consiste a entretenir le matériel agricole. Vidanges moteurs et graissage des tracteurs. Nettoyage de la moissonneuse batteuse qui doit partir en réparation, bref la routine. Si je me débrouille bien, je peux avoir fini mon travail pour quatorze heures. Il me restera quelques heures pour glander avant la traite du soir. Je passe rapidement sur cette demi-journée de travail. Rien de bien intéressant  à raconter.

Donc, depuis treize heures trente, je glande. Je devrais plutôt dire que je traîne comme une âme en peine, dans le dédale des hangars de la ferme. J’ai bien vite fait le tour du propriétaire et je m’ennuie ! Mais alors, je m'ennuie comme ce n’est  pas permis. Il ne me reste plus qu’un endroit à visiter. C’est le garage ou sont rangées les deux voitures de mes patrons. Aujourd’hui il n’y en a qu’une. La voiture de ma patronne. Sans m’en rendre compte, je me retrouve assis au volant. Les clefs de la voiture sont sur le contact. Impossible de résister a la tentation. Je tourne la clef, le voyant témoin de la batterie s’allume. Je tremble de tout mon corps. Pendant quelques secondes j’épie le moindre bruit de la ferme. A part la volaille qui fait son cancan habituel, aucun autre bruit suspect n’est a signaler.
A Dieu va ! Je continue de tourner la clef jusqu'à ce que le moteur se mette à tourner. Ensuite, le reste de l’action, je ne m’en souviens pas du tout. Toujours est-il que je me retrouve sur la route, au volant de la voiture de ma patronne. Et ça me plait ! Ce n’est pas plus dur à maîtriser qu’un tracteur, sauf que ça roule beaucoup plus vite. Bien trop vite quand on n’a pas l’expérience de la vitesse. Je manque de me renverser dans le fossé au virage suivant. Je ne sais pas par quel miracle je suis encore sur la route, mais je peux dire que j’ai eu chaud ! Alors, afin d’éviter la bêtise irréparable, je décide de faire demi-tour. Bien m’en a pris. A peine la voiture rangée dans son garage et la porte de ce dernier refermée, apparaît la maman de ma patronne.

"Alors mon garçon, tu as fini le travail que t’a donné l’André ? "
 
( C’est le prénom de mon patron.) Je lui réponds d’un signe affirmatif de la tête tout en m’éloignant rapidement. Je suis mal à l’aise et j’ai peur qu’elle ne le remarque.

"Tu as bien refermé la porte du garage ?"

Elle m’a vu rouler la voiture ! Je reste figé sur place. Incapable de la moindre réaction, j’attends la réprimande, voire les menaces de dénonciations. Il ne se passe rien. Alors je me retourne doucement avec dans la tête des phrases toutes prêtes pour justifier mon acte.  Ce sont des mensonges que je vais dire, ou peut être vais-je la supplier de ne rien dire au patron ! Je ne sais pas. De toute façon... m’en fous...

Elle a disparue ! Elle est partie comme elle est venue ! Je courre jusqu’au coin de la maison, juste a temps pour la voir disparaître a l’angle du chemin. Dans ma tête tout se bouscule. Je n’ai pas le droit de décevoir cette dame. Elle est le seul lien avec la normalité de mon existence. Il faut que je la rattrape ! Je ne dois pas perdre son respect. Je courre comme un dératé et la rejoint juste avant qu’elle ne ferme la porte de sa maison.

" Excusez-moi madame, je ne recommencerai plus. Je vous le promets "

" Qu’est ce que tu ne recommenceras plus ? Dominique. Je ne comprends pas ! Expliques moi !"
 
Quel idiot je fais ! Elle  n’étais au courant de rien, et moi je viens lui dire que j’ai fait une connerie. Plus bête que moi...

"Alors tu me dis ce que tu as fait ? "

Après quelques secondes d’hésitation, je lui avoue ma bêtise. Elle me regarde longuement avant de me dire

" Tu vois Dominique, je t’ai vu rouler la voiture. Si tu ne m’avais pas dit la vérité, je ne t’aurai plus jamais adressé la parole Je vais te punir d’une manière que tu n’oublieras jamais. Tu vas avouer ta faute a l’André.......

 .........Je reste bouche bée, les yeux écarquillés en entendant cette sentence qui doit dater du moyen age. Je tente de protester. Tout de suite elle réplique

"Si tu veux devenir un homme, ce dont je suis sur, tu devras affronter cette épreuve. C’est pour ton bien, Dominique "
 
La porte de sa maison se referme derrière elle en même temps que sa phrase. Je reste longtemps assis sur les marches de l’escalier. Je me sens seul, perdu. Je ne comprends pas le sens de cette punition. C’est presque du suicide ! Mon patron va me jeter dehors, c’est certain.
Sur le chemin de la ferme, je rencontre le papa de ma patronne. Je lui explique ce qu’il m’arrive. Au milieu de mes explications, il me coupe la parole et me dit....

"Attends mon garçon, ton histoire semble compliquée. Allons nous mettre assis sous cet arbre"

Sans rien dire, je le suis. Mais une fois assis à l’ombre des branchages, je recommence mes explications. Et lui, au lieu de me laisser parler, il me demande

"Tu ne trouves pas que la nature est parfaite ? Sais-tu qu’elle ne nous déçoit jamais ? Souvent elle nous joue des tours. C’est vrai !  Une petite tempête dans un champ de blé, une sécheresse qui peut durer plusieurs semaines. Ou le contraire! De la pluie à ne plus en finir. Mais tu vois Dominique, à chaque fois la nature nous demande pardon"

Je suis sans voix. Ces gens ont le don de faire taire n’importe qui. Je risque de me retrouver devant l’assistante sociale, à lui expliquer pourquoi j’ai  "emprunté" la voiture de ma patronne et lui, il me parle de la nature qui… je ne comprends rien à rien ! Je veux me lever pour rejoindre la ferme, mais je suis retenu fermement par le bras.

"Tu restes assis, je n’ai pas fini de te parler"

Alors, comme a chaque fois ou je suis perturbé, je commence a chialer.

"Quand tu auras fini de pleurer, je continuerai"

Ce coup ci, je suis vraiment perturbé. D’habitude, la personne a qui j’impose ma détresse, me sermonne ou me plaint. Dans le pire des cas, elle va me supplier d’arrêter de pleurer. Ce que je fais généralement au bout de longues minutes. Mais cette fois ci, il n’y a rien de tout ça. Ce vieux monsieur reste assis à coté de moi sans rien dire. Tout en pleurant, je le regarde. Lui il me sourit....  Comme rien ne se passe comme il le faudrait, je commence à réfléchir. Vu que ma tristesse est fabriquée, j’ai des difficultés pour faire les deux a la fois. Alors j’arrête de pleurer. Et voilà ! Il m’a eut. Ce monsieur est...
 
"Bon, je peux continuer ? Je te disais que malgré ces bêtises, la nature s’adresse toujours à chacun d’entre nous pour, soit se faire pardonner, soit se faire complimenter.
L’agriculteur va pester contre elle pour l’orage qui a détruit son champ de céréales.... en même temps, le jardinier va la remercier pour cette eau bienfaitrice.
Je pourrais te citer d’autres exemples. Mais c’est inutile. La nature a pour rôle de se comporter de la meilleure manière possible avec chaque être vivant sur cette planète. Des centaines de millions d’être humains le lui demandent. Chaque jour que dieu fait, la nature nous donne le meilleur d’elle-même. Regarde autours de toi !  Soleil, ciel bleu, un arbre qui te fournit de l’ombre, une belle herbe verte pour t’asseoir ! Je pourrais continuer à t’énumérer d’autres bienfaits  que dame nature met à notre disposition, mais c’est inutile....
Tu parais perdu dans tes pensées ! Je le lis sur ta figure. Ce que je veux te  faire comprendre, c’est que tu dois te comporter comme dame nature. Tu dois plaire à chacun d’entre nous. C’est toi qui es venu vers nous. C’est toi qui transforme la vie de chacun d’entre nous. Tu nous impose ta personne. Comme dame nature, tu es seul. Et nous, le groupe, nous te demandons... nous t’ordonnons de nous contenter. Non pas de la manière que le fait dame nature, mais de celle d’un être humain qui doit s’intégrer a un système de vie commune. Tu dois savoir que c’est toi qui tourne autour du monde, et non le contraire. Tu as fait une faute, tu dois en implorer le pardon."


Couché dans l’herbe, le regard perdu dans le bleu du ciel,  je médite cette pensée. Difficilement, je le conçois, mais je crois avoir compris les paroles du  "vieil homme sage".
Pour simplifier, je me dénonce et si après ce geste fou je suis toujours parmi eux, j’obéis à tout le monde. C’est à peu près ce que j’ai saisi à ce moment là. Aujourd’hui, alors que je couche sur cette page ce passage de ma vie, je sais avoir compris toute la signification du monologue de cet homme à l ‘enfant. Les mots utilisés ce jour là par le vieil homme n’étaient pas tous identique à ceux que j’ai posé sur cette page....
Ce sont mes mots. Les mots de ma réflexion.     

Le lendemain, je me suis dénoncé à mon patron. Il m’a simplement demandé si j’ai apprécié de rouler une voiture. Il m’a tout de même laissé entendre qu’il avait raison de penser que mon cerveau n’est pas complètement formé. A sa place, je penserai la même chose. Par contre, ma patronne a été plus objective sur le sort de mes mains, si jamais je touchais de nouveau à sa voiture. Il est question de me les broyer.

Mais bon, je ne vais pas me plaindre du résultat final de cette histoire.  Merci mamie, merci papy.........
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« Répondre #66 le: 16 Août 2016 à 22:28:18 »

.........Ce dimanche est un jour exceptionnel. Il est à marquer dans les moments merveilleux de ma vie. Premièrement, de par le fait que mon patron m’a donné ma journée entière de repos. Étonnant non ! La veille au soir, après la traite, sans un regard, il m’a dit :

"A lundi matin, quatre heures trente"

Deuxièmement, je savais de suite à quoi serait employé mon jour de repos. Alors, ce matin, mon sac à dos rempli de provisions personnelles, mes chaussures de marche aux pieds, mon chien, je suis en route pour une journée de marche vers un lieu bien précis. Je dois avouer que dans un village distant d’une quinzaine de kilomètres, doit habiter une fille, mais alors, une fille.....  Je ne connais pas le vocabulaire de la beauté, mais cette fille est........ elle est belle.


                      Je me doit de commencer mon récit par le jour de ma rencontre avec cette beauté.

C’était un matin d’automne. Pendant la traite, mon patron m’interpelle.

"Attèle la charrue au gros tracteur, tu vas labourer le champ du  haut ravin (lieu dit). Passes chez la patronne, elle te donne à manger pour midi. Tu arrêteras le labour à dix-sept heures".

J’aime les ordres de travail que me donne mon patron. Ils sont militarisés. Je suis certain qu’il m’adresse la parole par obligation.  Il doit regretter de m’avoir embauché.
Je sais pourquoi c’est moi qui vais labourer et non lui ! Hier au soir, j’ai surpris mes patrons en train de se disputer. Je devrais dire, j’ai surpris ma patronne en train de sermonner mon patron. Si j’ai bien compris, elle ne supporte plus de voir le commis ( c’est moi !), se tourner les pouces. Il paraît que je suis payé à ne rien faire. C’est un comble ! Je travaille six jours sur sept de quatre heures trente du matin à vingt heures, voire les trois quarts du temps jusqu’à vingt et une heure. Mon revenu annuel est de six mille sept cent cinquante et un francs. Divisé par douze mois !
A raison de quinze heures de travail par jour effectués six jours sur sept.... Le septième jour (dimanche) cinq heures de travail minimum, le résultat est.... « des nèfles ! »

Je me dois d’ajouter que ma présence sur mon lieu de travail est ininterrompue. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sept jours sur sept. Je suis a la disposition de mes patrons a chaque secondes de ma vie. Alors, quand ma patronne trouve que son commis se tourne les pouces, permettez-moi de.... non, rien............
En ce temps là, j’étais un petit garçon idiot qui ne connaissait rien du tout. Un gamin de l’assistance publique, placé dans une ferme pour travailler. Et non pour réfléchir.  Il faut dire qu’en ce temps là, le droit social n’était pas respecté. Du moins pour moi ou les gosses issus du même contexte. Je peux le certifier. Je me dois de préciser que j’étais nourri et logé par l’employeur.....


J’en reviens à cette journée de labour.....

J’abandonne la traite pour préparer le tracteur. Au bout de vingt minutes je suis prêt à partir. Quinze kilomètres en tracteur sur la route, à une vitesse de vingt-quatre kilomètres heures, quelle aventure ! Mais le plus extraordinaire de cette journée, c’est que je ne revois pas mes patrons avant ce soir 18 heure..... ensuite, j’ai le droit de rouler le tracteur jusque dans le champ a labourer. Ce qui est rare! Et cela, ça n’a pas de prix.

                      Il est bientôt midi. La matinée de labour c’est passé sans incident. Deux agriculteurs du coin lèvent leur charrue et prennent le chemin de leur ferme. L’un des deux me salue de la main, accompagné d’un sourire jovial. Je lui rends son salut d’un hochement de tête accompagné d’un regard sévère. Je décide de labourer une demi-heure de plus avant de manger.

Manger ! Mon cerveau fonctionne à cent à l’heure. Tout en labourant, je jette des regards circulaires dans la cabine du tracteur. Je ne trouve pas la musette censée contenir mon repas de midi. Elle a dut tomber du tracteur pendant le labour, et a été enterrée par la charrue. Je suis désespéré.
De rage, j’abaisse à fond le levier qui commande les vérins du relevage hydraulique du tracteur. Aussitôt la charrue s’enfonce profondément dans le sol. Je diminue la puissance motrice du tracteur en coupant progressivement les gaz jusqu'à ce que le moteur cale. Ceci fait, je saute en bas de l’engin et lui donne des coups de pieds dans les pneus. J’ai un comportement primaire, mais ça fait du bien.

"hé... tu es fou ! Tu veux casser ton tracteur ?"

Je reste plusieurs secondes sans bouger. Qui est cette personne témoin de ma fureur ?  Je serre les poings. J’impose à mon visage la forme la plus cruelle et me retourne d’un coup.... A partir de cet instant, mon cerveau est envahi par un sentiment que je n’ai jamais ressenti. Je me sens mou, mes poings s’ouvrent  tout seul, je suis pris de vertiges, je tremble comme si je venais de....

Pour la première fois de ma vie, une fille viens vers moi, me parle, me sourit, oui ! Elle me sourit ! Elle est debout a un mètre de moi, son regard est... je ne sais pas, son regard...... Une fille.... une fille qui s’intéresse a moi, Dominique, le môme de l’assistance publique, le commis de ferme, le.....

"tu es muet ? Dis quelque chose ! "
 
J’ouvre la bouche, mais aucun son ne sort. Je veux lui dire quelque chose ! Mais quoi ? Jamais je n’ai parlé a une fille. Je n’ai même jamais imaginé qu’un jour cela serait possible. Si seulement il y avait un adulte a coté de moi, je suis sur que je pourrais dire quelque chose, si ce n’est que bonjour. Je scrute les alentours,  il n’y a personne… que cette fille et moi ! Je dois me sauver... m’enfuir... disparaître.

Alors que je me perds dans mes pensées, la fille monte sur mon tracteur, met le moteur en marche, enclenche la marche arrière et tout en reculant le plus doucement possible, actionne la manette du relevage hydraulique pour sortir progressivement la charrue de terre. Une fois l’opération terminée, elle ramène le tracteur au bord du chemin qui longe le champ. Pendant tout ce temps, je n’ai pas bougé de ma place. Planté comme un épouvantail au milieu du labour, je ne suis pas prêt de faire un geste. Parce que, non contente d’avoir sorti le tracteur de sa position délicate, mademoiselle c’est assis sur la roue avant de l’engin et le dos appuyé contre la carrosserie, elle fait une chose que je n’accepte d'aucune personne... quelle qu'elle soit... elle me regarde !

Lentement mais sûrement, une colère monte en moi. Je ne me contrôle plus, je craque. Un hurlement inhumain sort du plus profond de mes entrailles. Et elle, elle continue de me regarder. Alors tout en hurlant, je me lance dans une course folle en direction de cette...
Je ne fais pas cinq mètres que je me m’étale de tout mon long dans la terre fraîchement labourée. De rage, je donne des coups de poings dans le sol pour...

"Tu as bientôt fini tes bêtises ? Viens plutôt manger, c’est l’heure et moi j’ai faim !"
     
Je  relève la tête juste a temps pour apercevoir la fille disparaître au coin d’une haie. Alors je me relève comme si de rien n’était, pour à mon tour disparaître derrière cette haie.

Ce que je découvre à ce moment là me fait reculer de quelques pas….  Plusieurs centaines de moutons sont en train de paître. Je n’avais jamais vu de troupeau aussi imposant. C’est presque effrayant de devoir...
 
"Au lieu de rester debout comme une statue, assoie toi là et mange. Tu n’as jamais vu des moutons ?"

Nouvelle frayeur. Mon cœur va lâcher, c’est sur. Cette voix qui viens de ma gauche, c’est la fille qui...  C’est une bergère ! Une vraie bergère avec des chiens qui surveillent le troupeau. Je suis abasourdi. Qu’est ce que je vais encore découvrir ? Sans me rendre vraiment compte, je me retrouve assis à coté de cette fille qui, il y a encore cinq minutes, je ne connaissais pas.

" Tu n’as rien à manger ?"
 
Je lui réponds d’un signe négatif de la tête. Alors, le plus naturellement du monde, elle me tend un morceau de pain. Je suis complètement détruit. Je n’arrive pas à détacher mon regard de cette nourriture. J’avoue que c’est mieux ainsi, parce que si je dois de nouveau regarder cette fille, c’est certain, je m’écroule.

"Comment tu t’appelles?"
 
Jamais elle n’aurait du me poser cette question. Je veux disparaître dans un trou de souris. Je veux être le vent, courir, pouvoir voler...
Courir! Aussitôt pensé... Comme un fou débile mental à fond que je suis, je courre au milieu du troupeau de moutons. Je ne me soucie pas des deux chiens qui me poursuivent. Et pourtant ! Si ces chiens me rattrapent, ils me dévorent. C’est certain. Mais pour l’instant, ce qui compte le plus c’est de mettre une énorme distance entre la question de cette fille et moi. Pourquoi les gens sont-ils obligés de poser des questions ? Ne peut-on pas se rencontrer et rester silencieux ? Le silence, c’est facile ! C’est simple ! Et ça ne complique pas les choses!

A quelques dizaines de mètres de moi il y a un petit plan d’eau. Si je ne veux pas servir de repas aux chiens, il va falloir que je saute dans cette mare. Parce que ces deux idiots de chiens qui ressemblent à des moutons géants, ont décides de m’attraper.
C ‘est sans hésitation que je plonge dans l’eau glacée. Seulement, j’ai oublié que les chiens n’ont pas peur de l’eau. Empêtré dans mes habits mouillés, je me fais rattraper par un des deux molosses qui ne trouve pas mieux que de me sauter dessus......

A plat ventre sur le fond du plan d’eau, la figure dans la vase, je suis certain que ma dernière heure est arrivée. Je suffoque. Je commence doucement à perdre connaissance. Aussi idiot que cela paraît, je trouve la situation comique. J’imagine mon patron en train de tenter d’expliquer à l’assistante sociale que son commis est mort noyé par un chien. En plein dans mon délire, je remarque a peine que quelqu’un me sort de l’eau. Alors, tout naturellement, en même temps que ma figure sort de l’eau, je fais plusieurs choses à la fois.   
J’essaie de reprendre de l’air, de cracher l’eau de mes poumons, et ce qui est naturel pour un débile comme moi, je pars dans un fou rire comme si je venais de vivre une situation normale.
Quand j’arrive à voir ce qui se passe autour de moi, c’est pour découvrir  la fille... la bergère, la gardienne de mouton, la... une fille m’a sauvé la vie. Le pire de cette situation, c’est quand je me rends compte que la partie la plus profonde du plan d’eau ne dépasse pas quatre vingt centimètres !
Et là, arrive le plus beau moment de cette folle aventure. Je lève la tête vers cette fille qui m’a aidé à sortir de l’eau et constate qu’elle a aussi un fou rire ! Ce moment est magnifique. Je refuse qu’il s’arrête. C’est trop beau ! Tous les deux debout dans l’eau au milieu de nulle part, que demander de plus ?

Cette fille est unique. En peu de temps, elle allume un feu de branchages. Quant à moi, je suis en marge de réussir à sceller une amitié avec les deux énormes chiens. Ces animaux ne sont pas aussi méchants qu’ils veulent le faire paraître. Ma nouvelle amie m’explique que s’ils m’ont poursuivis, c’est parce que j’ai traversé le troupeau de moutons. Dès leur plus jeune âge, ces chiens sont élevés au milieu des moutons. De sorte qu’ils en deviennent instinctivement les protecteurs. Mon expérience de tout à l’heure me permet d’affirmer qu’ils sont efficaces.

" Rapproches-toi du feu ! Tes habits ne vont jamais sécher si tu restes aussi loin."

La douceur de sa voix me détruit totalement. Pour une fille de la campagne, c’est divin. Rien a voir avec la Colette…. Ce que je souhaite maintenant, c’est qu ‘elle ne me pose pas de questions....

Un des deux chiens c’est couché à coté de moi. Tout en le caressant, je risque un regard vers ma bergère. Elle semble rêver. Son regard se perd dans les flammes orangées de notre feu de bois. Soudain, un frisson la parcourt. Aussitôt  je me lève et court vers le tracteur pour récupérer la couverture qui sert à se couvrir les jambes pendant la conduite de l’engin lors des travaux d’hiver dans les champs. Je tiens à préciser que si le tracteur dispose d’une cabine, ce n’est pas pour autant qu’il y a du chauffage à l’intérieur de ce dernier. Je me dépêche de revenir avec ma vieille couverture pour la proposer à ma nouvelle amie.
Seulement voilà, quand j’arrive de l’autre coté de la haie, c’est pour apercevoir ma bergère qui s’éloigne avec ces moutons. Je suis écœuré. Qu’est ce que je lui ai fait ? Pourquoi elle s’en va ? Il faut que je réussisse a lui parler ! Mais que lui dire ? Comme je ne trouve pas mes mots, je pousse un cri strident. Aussitôt, mon amie s’arrête, se retourne et me crie.

"Il est tard, je dois partir ! Si tu veux me voir, chaque dimanche  après midi je serais près de cette haie."

Je la regarde disparaître sans pouvoir réagir. De toute façon, qu ‘est ce que je peux faire de plus ?  Avant de m’en retourner vers le tracteur, je regarde une dernière fois l’endroit où, quelques minutes plus tôt, nous étions tous les deux  assis. Une grande tristesse m’envahit. La vie est injuste !  Pourquoi m’offre-t-elle ces moments magiques pour ensuite me les retirer aussi rapidement ?..... Est-ce que c’est pour tout le monde  comme ça ou bien est ce un traitement spécial qui m’est destiné.........
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« Répondre #67 le: 23 Août 2016 à 22:21:17 »


            C’est pour cela qu’aujourd’hui, c’est d’un pas joyeux que je me rends à proximité de ce village où, quelques semaines plus tôt, j’ai fait la connaissance de ma bergère. Mon chien ne comprend pas la rapidité de notre promenade. Mais aujourd’hui est un jour spécial. Rien ni personne ne peut ni ne doit ralentir ma marche vers ma nouvelle amie.

Ce n’est qu’au bout de dix kilomètres que je m’arrête pour une pose bien méritée. Mon chien, couché à l’ombre d’une haie, la langue pendante, m’observe avec insistance. Il semble vouloir des explications à cette marche forcée que je lui impose depuis ce matin. Alors, je lui raconte ma rencontre avec ma "bergère".
Mon récit semble l’intéresser au plus haut point. Il dodeline de la tête, tout en émettant de petits jappements. Mais bien vite son attention est attirée par un lièvre qui sort d’un fourré à quelques mètres de nous. Sa réaction est instantanée. Il tente de rattraper cet athlète de la nature, qui, après quelques virages effectués à la vitesse du son, disparaît dans un autre fourré. Tout penaud, mon chien revient vers moi. Quel idiot cet animal !  Croire qu’il a une chance de rattraper un lièvre à la course à pied. Il ne doute de rien ! La scène à laquelle je viens d‘assister me force à la réflexion......

Ne suis-je pas aussi idiot que mon chien ?  Moi aussi depuis ce matin, je suis en train de courir derrière une beauté de la nature ! Que vais-je lui dire quand je serais en face d’elle ? Arriverai-je à lui dire quelque chose ?  Une panique profonde s’empare de moi. Je réalise que jamais je ne pourrais parler à cette fille. Mon bégaiement va reprendre le dessus ! Elle va se moquer de moi !

Non, je ne suis pas aussi idiot que mon chien. Je suis doublement plus idiot que lui. Parce que tout en réfléchissant à ma rencontre impossible avec ma " bergère", inconsciemment j’ai repris le chemin du retour. C’est trop compliqué pour un môme comme moi.... De toute façon, je n’ai pas besoin de cette fille comme amie. Et en plus, c’est une fille ! Ce n’est pas pareil que les garçons. Mes copains m’ont raconté que les filles n’apportent que des ennuis. Il paraît même que, quand vous commencez à être ami avec une fille, elle arrive à vous interdire de voir qui que ce soit. Ils m’ont aussi dit que parfois c’est le garçon qui ne veut plus voir ses copains. C’est tout de même incroyable !
Ils disent la vérité, parce qu’un de mes copains est ami avec une fille du village. Je crois qu’ils sont amoureux. Ils sont toujours ensemble. Quand on les cherche, ils se cachent pour qu’on ne les trouve pas. Si c’est ça l’amour ! Enfin, Ils ont peut être raison. Perdu dans mes pensées, je me force a revenir a la réalité....
                                
Non ! C’est trop bête, je dois aller vers cette nouvelle amie ! Je n’ai pas le droit de me sauver comme un peureux.... Je me suis arrêté de marcher. Toutes ces phrases se mélangent dans mon cerveau. Je veux voir cette fille, et en même temps, je ne veux pas la voir. Et de toute façon, le jour ou je l’ai rencontré, je n’ai pas eu besoin de lui parler ! Alors aujourd’hui je peux faire la même chose !

C’est décidé. Je fais demi-tour. Tout de suite, j’accélère le pas pour être sur de ne plus rebrousser chemin. Il n’est pas loin de midi quand j’arrive à l’endroit où j’ai fait la connaissance de ma " bergère ". Il n’y a personne aux alentours. Je dois préciser que nous sommes tout à la fin de l’automne. Je rassemble quelques branchages et prépare un feu de bois que j’allumerai quand mon amie sera là. En attendant, je vais manger.
A l’église du village, les cloches sonnent quinze heures. Ma " bergère " n’est toujours pas là. Maintenant je sais qu’elle ne viendra plus. Depuis ce matin, j’ai imaginé toutes sortes de situations, qui feront que je ne saurais quoi faire ou dire le moment venu. A aucun moment, je n’ai pensé que ce serait elle qui ne viendrait pas. Mes copains ont bien raison ! Les filles c’est compliqué ! Enfin, c’est mieux que ça se termine de cette manière. Au fond de mon cœur, mais alors tout au fond, dans un minuscule recoin, je ressens une tristesse. Sans plus.

Il est temps de rentrer à la ferme. Pour une journée totalement libre de tout travail,  quel gâchis ! Je réveille mon chien d’une tape sur son derrière tout en lui disant......

" Allez mon chien, on rentre "

Le chemin du retour est long et triste. Pour ne pas arranger les choses, de lourds et menaçants nuages d’automne poussés par un vent moqueur, décident d’assombrir ma journée en m’arrosant d’une pluie fine et perçante. Je leur hurle ma haine en utilisant le vocabulaire des mots les plus grossiers de mon répertoire, qui je dois l’avouer, est des plus complet. Il fait nuit quand j’arrive à la ferme. Je suis mouillé, j’ai froid, j’ai faim, je suis triste, et une chose nouvelle que j’ai ressenti à mi-chemin de la ferme, je suis furieux !  De quoi ? Je ne le sais pas vraiment.
Que cette fille ne soit pas venue ? Non.  Que j’ai couru comme un idiot ? Non. Que je suis mouillé, que j’ai froid, faim. Je ne sais pas.

Bien sur que si ! Je sais pourquoi je suis furieux. C’est pour tout ce que je viens d’énumérer ci dessus. C’est tout. De toute façon, " m’en fous, ". Cette nuit là, mon sommeil a été habité d’un cauchemar effrayant et magique à la fois. Je suis debout dans un pré entouré de " bergères " et plus loin à l’ombre d’une haie, un mouton se réchauffe prés d’un feu de bois. Je veux hurler, mais à la place de mon cri, j’émets un bêlement. Autour de moi, toutes les bergères crient mon prénom :

" Dominique, Dominique… … …"

J’ai du mal à ouvrir les yeux, je distingue mon patron penché au-dessus de moi. Il hurle........

" Lève-toi fainéant,  les vaches sont déjà dans l’écurie. Puisque c’est moi qui fait ton travail, je me paierai sur ton salaire ! Tu as cinq minutes pour nous rejoindre "
 
Tout cela suivi du claquement de la porte de la chambre. En une fraction de secondes, je revis ma journée d’hier et mon rêve de cette nuit. C’est trop. Je n’en peux plus. Je dois extérioriser ma haine. Assis dans mon lit, je commence à hurler à l’encontre de mon patron.

" Vous êtes malade de me réveiller comme ça ? Pour qui vous vous prenez ? Je ne suis pas votre chien ! J’en ai marre ! Je vous emm…… "

J’entends les pas de mon patron qui remontent les escaliers à toute vitesse. Comme une furie, il ouvre la porte, saute sur le lit et me tabasse de toutes ces forces. Je me protège de ces coups du mieux que je peux. Ce coup ci, il n’y a personne pour me défendre et c’est au moment où je le réalise, que je commence à rendre les coups.
Au début, je frappe timidement. Soudain une haine féroce m’envahit. Je ne me contrôle plus, je lance des coups de poings et de pieds dans tous les sens. Plusieurs fois, c’est dans le mur que mes coups atterrissent. Mais une chose est sure, mon patron commence à reculer. En une fraction de seconde j’analyse cette nouvelle situation. Maintenant je sais comment il faut se défendre ! Il suffit de rendre coups pour coups. C’est aussi simple que ça.  
Debout sur mon lit,  d’un mouvement de la tête j’invite mon patron à continuer à se battre. Son hésitation se lit sur son visage. Alors je saute en bas du lit, me campe fermement devant lui les poings en avant, et tout en le toisant du regard je lui dit :

" Si  jamais vous me touchez encore une seule fois, je vous tue ! "
 
Et tout de suite je rajoute :

" Sortez de ma chambre, ici c’est chez moi. La prochaine fois, vous toquerez à la porte, et vous attendrez que je vous invite à entrer.... dehors ! "

Le regard de mon patron en dit long sur ma réaction. Il semble ne pas comprendre ce qu’il se passe.  Il fait presque pitié à voir. Comme il ne se décide pas à quitter ma chambre, à nouveau je lui lance :

" Dehors ! Sortez de ma chambre.... "

Alors, tout penaud, il fait demi-tour et quitte les lieux. Je mets un temps à réaliser que je viens de tenir tête à mon patron. Pourtant, au lieu d’éprouver de la fierté, c’est de la peur que je ressens. Pas la peur de me battre, non !.... mais la peur des conséquences de mon acte. Il est sur que mon patron va appeler l’assistante sociale. Je sens que cette journée va être la plus horrible de ma vie. Aussi, pour ne pas perdre de temps, je décide de préparer mes bagages. Si je dois partir d’ici, ce sera la tête haute. Plus personne ne me fera courber l’échine.

                                         Allongé sur mon lit,  j’attends que les évènements se précisent. Déjà j’imagine quelle sera ma prochaine destination. Mais bon ! Chaque chose en son temps. Alors que mon imagination file bon train, je sursaute quand j’entends frapper à la porte de ma chambre, en même temps que la voix de ma patronne résonne :

" Dominique, je peux entrer ?"

Je mets un temps à lui répondre. La logique n’est pas respectée. C’est avec une certaine hésitation que je réponds :

" Oui "

Ma patronne pénètre dans ma chambre. Elle me regarde de longues secondes avant de me dire :

" Il ne faut pas en vouloir au patron, il est très fatigué. "

Son regard est triste. J’ai l’impression qu’elle va fondre en larme. Ses yeux rougis, son dos voûté, ses doigts qu’elle triture dans tous les sens, trahissent mes pensées sur cette dame que je croyais sans cœur. Alors, comme d’habitude quand je suis en face d’une personne en position de faiblesse, je craque.  Aussitôt, sans que je puisse me contrôler, je m’entends dire :

" C’est pas grave, il ne m’a pas fais mal. "
 
Tout de suite ma patronne me dit :

" Tu ne raconteras rien à personne sur ce qu’il vient de se passer. Je compte sur toi !  Allez, lève-toi et viens travailler..... "

Et voilà, c’est reparti pour un tour ! J’avais la situation en main,  je n’ai pas su en profiter. Mais une chose est sure, à partir de maintenant plus rien ni personne ne me fait peur.

Que dire de plus de ce réveil un peu spécial ?... Rien.... si ce n’est que les jours qui suivent, je me sens de plus en plus seul, de plus en plus isolé, de plus en plus malheureux..... La vie est vraiment trop dure. Chaque jour qui commence est un nouveau combat. Mais chaque combat est aussi une solitude nouvelle. Involontairement, je me suis un peu plus isolé de mon patron.... il ne me parle plus, ne s'occupe plus de ce que je fais... ne me regarde plus. Je suis paumé... perdu... Il faut que je trouve quelque chose de nouveau à faire. Quelque chose qui me prend l’esprit et me l’envoie promener dans n’importe quelle direction, pour n’importe quelle occupation, du moment que je ne pense plus à moi, ainsi qu’à tout ce qui se rapporte à ma personne. Il faut que mon patron me parle, il doit s'occuper de moi, de quelque manière que ce soit.... Soudain une idée me passe par la tête ! Je vais m’acheter une  mobylette !....
Plusieurs de mes copains en possèdent une. Ça leur permet de s’évader et surtout de faire autre chose que de traîner comme une âme en peine dans les ruelles du village. Mais voilà ! Comment dois-je faire pour me payer un engin pareil ? Je ne perçois jamais de salaire. Juste quelques francs d’argent de poche que je reçois le dimanche.
Quand j’ai besoin de vêtements, c’est ma patronne qui s’en occupe. Je lui dis ce qu’il me faut, et quelques jours plus tard je le reçois. Sans plus. Il arrive souvent que ma patronne me dise que je n’ai plus assez d’argent sur mon compte pour acheter quoi que ce soit. Je n’y comprends rien. J’ai un compte dans une banque. Où ? Je ne sais pas ! De quelle somme d’argent je dispose par mois ? Je ne sais pas ! C’est ma patronne qui gère mon salaire. Il paraît que c’est la volonté de l’assistante sociale. Et de toute façon, comme dit ma patronne :

" Tu es bien trop bête pour t’occuper de ton salaire. Avec moi, tu auras toujours de l’argent "
 
Ce qui est marrant, c’est que je ne suis pas trop bête pour travailler ! Je me souviens d’un mois passé sans faire une seule dépense. Je dois avouer que je l’ai fait sur les conseils d’un copain qui m’a parié vingt francs que malgré aucune dépense durant tout le mois, quand je demanderai à ma patronne de m’acheter un habit quelconque, elle me répondra que je n’ai pas assez d’argent pour cet achat.
Pendant trente-sept jours, je n’ai demandé aucun achat quel qu’il soit, à ma patronne. J’ai seulement reçu mon argent de poche du dimanche.
Mon copain ne s’est pas trompé. Quand j’ai demandé à ma patronne de m’acheter des chaussures pour le dimanche, elle m’a répondu :

" Travaille d’abord, tu n’as plus rien sur ton compte. Tu as déjà dépensé ton salaire de ce mois "
 
Pauvre patronne. Tu as le privilège de dépenser mon argent sans que j’aie le droit d’intervenir. Mais ne t’inquiète pas, je ne me rends compte de rien. C’est des années plus tard que j’ai pris conscience du vol de mon salaire, bien des années plus tard. Il y a prescription !        
De toute façon.... m’en fous....  Une chose est sure, rien ni personne ne m’empêchera de m’acheter une mobylette.

                                                

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« Répondre #68 le: 05 Septembre 2016 à 22:41:31 »

Cela fait un bon quart d’heure que je déambule dans ce magasin, au milieu des mobylettes flambantes neuves alignées comme des soldats à la parade. Je ne sais comment faire pour aborder le sujet de l’achat avec ce vendeur qui, s’il continue cinq minutes de plus à m’expliquer le fonctionnement de ces engins, pourra me céder sa place. Je sais tout sur le variateur de vitesse, la courroie d’entraînement, et de bien d’autres éléments qui composent ces engins. Alors que je commence à perdre patience, le vendeur se décide enfin à me parler finances

" Alors jeune homme, de combien disposez-vous d’argent ? "
 
Je reste sans réaction à la question de cet idiot de vendeur. Comment peut-il me demander une chose pareille?........ Alors que je réfléchis à ce que je vais lui dire, il rajoute :

" Chaque modèle à un prix différent "

Je profite de cette phrase pour lui dire

" Je travaille dans une ferme, j’ai de l’argent. Il faut envoyer la facture a mon patron "
          
Le vendeur me souri comme s’il avait devant lui une glace au chocolat. Avec une rapidité exemplaire, il remplit ce qu’il s’avère être un bon de commande, que je signe tout aussi rapidement. Je ne me souviens plus très bien de la suite des évènements, mais ce dont je suis certain c’est qu’il ne c’est pas passé une heure après ma signature, que déjà je me retrouve sur la route en train de rouler avec ma première mobylette. Au lieu de profiter pleinement de cet instant présent, je me dépêche de rejoindre la ferme. Je veux montrer ma mobylette a mes patrons..... a mon patron... Il va être content. J’en suis sur...

.........." Qu’est ce que tu as fait ?  Tu es complètement fou ! Tu as acheté une mobylette ! Mais avec quel argent ? "

Mon patron tourne autour de moi comme une bête furieuse. D’une voix hystérique il appelle la patronne. Cette dernière, après avoir pris connaissance de la situation présente, devient tout aussi hystérique que mon patron et son vocabulaire, que la bienséance m’interdit de reproduire sur ce papier, est du plus vulgaire.

Mon patron a arrêté de crier pour observer son épouse d’un air étonné. Je suis certain que jamais il ne l’a vue dans cet état. Pour ma part, je ne sais quelle position adopter. J’avoue que je n’ai pas trop le choix. Je dois laisser passer l’orage. Peu a peu mes patrons se sont calmés. Ils sont en train de discuter entre eux.

" Il a qu’a ramener ce foutu engin là où il l’a acheté ! Il n’a pas de bon de commande signée. Ils sont obligés de le reprendre ! "

Ma patronne, plus terre a terre que mon patron, sais que j’ai signé un bon de commande. Sa façon de me regarder me fait baisser les yeux.

" Tu n’as pas fait ça ? Répond moi ! Dis-moi que tu n’as pas fait ça ! C’est pas possible ! "

Sans regarder mes patrons, je sors de ma poche le bon de commande que je tends devant moi. J’attends une réaction quelconque de leur part qui tarde a venir. Alors que je crois ces deux hystériques calmés, une calotte envoyée derrière les oreilles manque de me faire perdre l’équilibre.

" Il est fou ! Ce jeune est fou ! Il a vraiment signé ce bon de commande ! Mais qu’est ce que tu as fait ? "

C’est ma patronne.... elle est déchaînée! Si je ne fais ou ne dis pas quelque chose, je sens que ça va mal finir. Alors je commence a hurler comme un débile que je sais être quand quelque chose ne fonctionne pas comme je le veux. Pour rajouter a ma haine, les deux pieds fermement campés au sol, je tourne a fond la poignée des gaz de la mobylette tout en freinant de la roue avant. Pour terminer, je lève et laisse retomber violemment et plusieurs fois de suite, la partie avant de mon engin. Ça marche..... !
Mes patrons reculent de plusieurs mètres. Leurs airs ahuris me font comprendre que j’ai la situation en main. Je dois trouver une dernière chose a faire. Un genre de baroud d’honneur.... Un truc de fou... J’ai trouvé !    

Toujours  debout a coté de ma mobylette, tout en hurlant, en faisant sauter l’avant de l’engin, le moteur a plein gaz, Je lâche  tout... livrée a elle-même, la mobylette parcourt plusieurs mètres avant de s’encastrer dans un tas de fumier. Je continue de pousser des hurlements inhumains. Quelqu’un m’observe, je le sens ! Ce ne sont pas mes patrons, ils regardent ma mobylette dont le moteur continue de tourner a plein régime dans le tas de fumier.
Là, a ma droite... ce sont eux qui m’observent ! La Colette, son oncle, et d’autres gens que je ne connais pas, assistent à la scène dans un silence religieux. Sans m’arrêter de hurler, je leur impose mon regard le plus débile, le plus cruel, le plus.... le plus.... le ne sais pas. Je ne sais plus. J’ai mal a la tête.... Tout tourne autour de moi.... Je.....  

                                                  J’ai du mal a ouvrir les yeux. J’ai mal a la tête. Je suis allongé dans mon lit. Il fait nuit. Je me sens mou comme si j’avais couru tout un jour sans m’arrêter. Qu’est ce qu’il s’est passé ? Je ne me souviens pas de ma journée.... J’ai tellement mal a la tête ! J’ai envie de vomir. Alors, je me tourne sur le côté, me recroqueville en chien de fusil et la tête dans les mains, je me rendors dans un sommeil peuplé de cauchemars.

Il fait grand jour quand j’ouvre les yeux. Je ne comprends pas ce que je fais encore au lit. Mon cerveau est vide de tous souvenir. J’ai  l’impression que je viens de naître. C’est une sensation désagréable. J’essaie de me souvenir, mais rien n’y fait. Il s’est passé quelque chose, mais quoi ? C’est la première fois que je suis dans cet état. D’habitude, quoi qu’il arrive, je me souviens toujours de ce qu’il c’est passé. Ce coup ci, je me sens perdu.
J’ai peur.... j’ai peur de ce qu’il a pu se passer. J’ai peur de l’instant présent. J’ai peur de ce qu’il va se passer. Qu’est ce qu’il m’arrive ? Pourquoi je ne suis pas debout ?  Pourquoi je ne.... Pourquoi ?
J’ai mal a la tête. Mon cerveau va exploser ! Je dois arrêter de me poser des questions.  Dormir.... Dormir....

Il fait nuit noire. Je ne comprends plus rien a ce qu’il se  passe. Tout à l’heure il faisait jour, et maintenant il fait nuit. Ça y est ! Je sais ! Je suis devenu fou ! Je me suis égaré dans le labyrinthe de la vie. Je suis entré dans une de ces pièces bariolées des plus belles couleurs de la vie. J’ai franchi la porte interdite ! Derrière cette porte était cachée la folie ! Je suis fou…… Je suis……
A nouveau je ferme les yeux. J’ai besoin de dormir. J’ai trop mal a la tête…… Dormir…… Ne plus me réveiller. Je veux  m’endormir dans ma folie. Je suis certain que le monde en est meilleur…… Papa…… Mes frères…… Mes sœurs…… Et toi (L’autre)……  Je me sens seul, si seul. J’ai besoin de vous. J’ai besoin de……… J’ai besoin de vous………….. J’ai besoin……….

"Dominique, réveille-toi, allez réveille-toi. Tu ne vas pas passer ta vie au lit ! Cela va faire deux jours que tu dors ! Allez, lèves-toi "

Ces paroles semblent venir de loin..... de très loin.  Péniblement, j’entrouvre les yeux. Une ombre est penchée au-dessus de moi. Je mets un temps a reconnaître le visage de ma patronne. Je refais doucement surface dans ce qu’il me semble être la réalité. Le visage de ma patronne trahi une certaine anxiété. Je peux même y lire une sorte de peur.
Ça y est ! Je suis redevenu normal ! Je recommence a analyser les situations qui se présentent a moi. C’est plus fort que n’importe quelle chose ici bas. De plus, je n’ai plus mal a la tête. Il y a aussi quelque chose que je n’avais plus ressenti depuis bien longtemps et je me sens obligé de le dire a ma patronne.

" J’ai faim, j’ai vraiment faim... "

Des grosses larmes coulent sur ses joues. C’est a ce moment que je réalise qu’elle me caresse doucement la tête. Oui ! Ma patronne me caresse la tête…… elle est capable de sentiments ! Elle est capable a sa manière de me dire " Je t’ai… "
J’ai failli à nouveau me faire avoir ! Ce ne sont pas des sentiments sincères !  C’est de la gentillesse fabriquée. Il n’y a pas de raisons pour que ces gens aient des sentiments nobles envers leur ouvrier agricole. Celui dont l’avenir est de "ramasser la merde au cul des vaches"
Il s’est passé quelque chose de grave. J’ai peut être eu un accident ! Ou alors mon patron m’a de nouveau cogné ? Je n’arrive pas a me souvenir. De toute façon, quoi qu’il ce soit passé, je n’ai besoin de personne. Je le fais savoir a ma patronne en lui donnant un léger coup sur son bras.
Elle arrête de me caresser, mais ne retire pas sa main de ma tête. Son visage reflète une expression de tristesse. Alors, pour qu’elle comprenne bien mes sentiments envers elle et tous les autres, je lui dis...

" Laissez-moi tranquille, vous n’avez pas le droit de me caresser. Personne n’a le droit ! "

Ma patronne se lève, et d’une voix étrange me dit...

" Habille-toi et viens manger "

On dirait qu’elle pleure, mais je suis certain qu’elle le fait express. Je dois me méfier des gens, de leurs sentiments. Ils se comportent avec moi de cette manière pour mieux me manipuler. Pour me briser, me soumettre, pour m’abaisser.
Et combien même ma patronne est sincère, ce dont je doute, elle n’a pas le droit de me donner une affection quelle qu’elle soit. J’ai juré que personne ne m’aimerai plus. Et personne ne m’aimera.

Tout en réfléchissant, je me suis habillé. Maintenant j’ai faim ! J’ai vraiment faim. J’entre sans hésitation dans la cuisine. J’ai trop faim. J’ai l’impression que je vais tomber dans les pommes si je ne mange pas tout de suite.
Sans un regard pour qui que ce soit, je m’assoie à ma place et commence à dévorer tout ce qui me tombe sous la main. J’ai des difficultés a avaler toute la nourriture accumulée dans ma bouche. Alors je saisi le verre d’eau posé devant moi et le vide d’un trait.
Dans ma bouche, le solide mélangé au liquide commence a se laisser avaler. Mon assiette est vide. Pour faire comprendre a ma patronne que j’ai encore faim, je pousse mon assiette vers le milieu de la table et sans la lâcher, j’attends qu’elle me la remplisse. Ce qu’elle s’empresse aussitôt de faire sans poser de questions.
En quelques secondes j’avale ma nouvelle ration. La bouche encore pleine, je me lève de table et quitte rapidement cette cuisine, cette  maison, ces gens....
Je regagne rapidement ma chambre. Je me laisse bruyamment tomber sur mon lit. Bien sur que j’ai mal au ventre ! Bien sur que j’ai envie de vomir ! Et alors.... et alors quoi ?
Je me dégoûte, c’est peut être la moindre des choses ! Je m’en fous. A cet instant présent, plus rien n’a de l’importance.  Si ! Une chose compte, me rappeler, me souvenir de ce qu’il c’est passé hier, avant hier, je ne sais pas exactement quand. Toujours est-il  que ma mémoire c’est vidé d’un sujet qui semble avoir de l’importance. Le plus grave, c’est que mes patrons semblent responsable de...........

                                  
            
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« Répondre #69 le: 22 Septembre 2016 à 22:38:21 »

.......  je suis réveillé depuis a peine cinq minutes, que déjà mon cerveau est en ébullition. Que c’est–il passé ? Pourquoi je suis dans cet état ? Qu’est ce que j’ai fait ? Qu’est ce qu’ils ont fait ? Tellement de questions, pas de réponses. J’en ai marre. Marre de quoi ? De qui ? Je ne sais pas, je ne sais plus, je ne veux plus savoir.  Mon problème, c’est quoi exactement ? Pourquoi je me voile la face de la sorte ?
Je sais depuis bien longtemps quel est mon problème. Il me suffit de me le crier haut et fort en me regardant dans un miroir.

Oui Dominique.... il est temps que tu regardes la réalité en face. C’est le moment de rendre des comptes aux problèmes de ta vie. Sors le miroir de la table de chevet. Allez, courage et regarde dans ce miroir le triste reflet de ta vie. Une existence sans intérêt, sans avenir. Toi-même, es-tu un avenir ? Es-tu un quelconque intérêt ? Tu es bien incapable de répondre a cette question. A toutes ces questions..... Encore faut-il que tu sois toi.

Une réponse doit profiter à quelqu’un ou quelque chose. La réponse est l’offrande a une question. Que vois tu dans ce miroir ? Vois tu ton double ? Ton existence ? Ta vie ? Non, tu ne vois rien de tout cela.
Tu le vois ? Lui, ce môme, ce gamin. Il te regarde, tu le regardes. Étes vous capable de vous voir ? De vous parler ? Non, bien sur ! Parce que lui il souffre, il a mal, mal d’une existence inexistante. Il a mal de ne pas être. Il a mal de ne pas appartenir a une vie, un destin, un avenir. Peut être doit il disparaître ! Pourquoi pas ?

Combien de fois sors tu ce miroir de son tiroir ? Pas souvent, avoues-le. Tu te refuse le regard de ce môme. Tu te refuse le mal être qu’il t’apporte a chaque fois que tu l’observe. Et pourtant, tu es toi, il est lui.  Tu es.... il est.... Vous êtes le reflet de vous-même, de votre vie, votre avenir. Non ! C’est faux. Je ne suis pas Lui...... Et Lui, il n’est pas moi. C’est impossible ! Moi, je suis.... Je suis.... Je crois qu’il est temps de partir, de disparaître, de ne plus être. J’ai besoin de me sentir en paix. J’ai besoin de me retrouver dans un monde plus calme, plus serein, plus.....
Soudain, un bruit de moteur me sort de cette torpeur remplie de pensées compliquées et simples a la fois. Ce n’est pas un bruit de moteur quelconque, je connais ce bruit. J’essaie de me souvenir, mais rien n’y fait. Un blocage incompréhensible de mon cerveau m’empêche de comprendre quoi que ce soit. Je suis persuadé que ce moteur qui tourne, est la clef de mon problème présent.
J’ose un regard par la fenêtre. Ce que je découvre est hallucinant et irréel a la fois.

Mon patron est campé de toute sa magnificence au milieu de la cour. A ces cotés, une mobylette de couleur blanche, posée sur sa béquille, fait entendre le doux murmure de son moteur. De temps en temps, mon patron tourne la poignée des gaz. Aussitôt le moteur rugit de puissance. Qu’est ce que c’est que cette mobylette ? Pourquoi mon patron se tient debout à ses coté ? Pourquoi je me sens attiré par cet engin ?
Toutes ces questions fusent pèle mêle dans mon cerveau. Mes maux de tête me reprennent. C’est trop dur de réfléchir. Je décide de me recoucher. A peine allongé sur mon lit, j’entends mon patron qui crie mon prénom.

"  Dominique, descends, viens voir ! "

Je suis de nouveau a ma fenêtre en train d’observer mon patron qui n’a toujours pas bougé d’à coté de la mobylette. Il me faut préciser que je ne suis pas le seul occupant des lieux a m’appeler  Dominique. Un des trois enfants de mon patron porte le même prénom que moi. Aussi, chaque fois que j’entends prononcer mon prénom, il est de mon devoir d’être certain que c’est moi que l’on appelle. Au début de ma venue dans cette famille, plusieurs fois je me suis présenté devant mon patron ou ma patronne, croyant que l’un ou l’autre m’ont appelés. Un jour, mon patron m’a pris à part, et m’a dit.

" Ce n’est pas parce que j’appelle Dominique que c’est forcément toi que je veux voir. Tu portes le même prénom que ma fille. Arrange-toi à l’avenir de savoir si c’est bien toi que je veux voir quand j’appelle "

Je ne me souviens plus mot pour mot du reste de sa phrase, mais il m’a fait comprendre que quand c’est moi qu’il veut voir, je dois ressentir une intonation "forte" et "cruelle" dans sa voix. Je me souviens de la fin de sa phrase.

" Fais en sorte de ne plus te tromper. Tu pourrais le regretter ! "

Pauvre patron ! As-tu déjà analysé le vocabulaire que tu emploies quand tu t’adresse à moi ? Je suis persuadé que non. Si tu en avais conscience, tu ne me parlerais pas sur ce ton. Depuis quelque temps déjà, je suis persuadé que ton degré d‘intelligence est limité. Toi aussi, tu es ce que les assistantes sociales appellent "un irresponsable".  Oui ! Tu es irresponsable envers moi de tes paroles, de certains de tes actes, je te soupçonne même d’être complètement irresponsable. Enfin ! Que veux tu, pauvre petit patron irresponsable, personne n’est parfait.   

" Alors Dominique, tu te décide à venir ? "

Le regard de mon patron est orienté vers ma fenêtre. C’est bien moi qu’il appelle. Dans mon cerveau, des images d’une scène incompréhensible défilent pèle mêle. Le plus prenant, c’est le bruit de ce moteur. J’ai la certitude qu’il fait partie de ma vie, de mon univers.
C’est dans cette cacophonie de pensées, de visions, que je sors de ma chambre. Lentement, je descends l’escalier. Sans vraiment me rendre compte, je suis debout devant mon patron qui me sourit d’une manière gênée.

" Tu vas mieux ? Tu nous as fait peur ! Allez, prends ta mobylette, va faire un tour. Tu es libre jusqu'à lundi "

J’ai du mal a enregistrer ces paroles. Je ne comprends rien à ce qu’il me dit. Comme un automate je monte sur cet engin, le descends de sa béquille et au ralenti, je roule jusque dans le garage ou je l’abandonne contre le mur.
Assis par terre, le dos appuyé contre le mur, je fais face à cette mobylette que je me force a observer du regard et du mental. De plus en plus d’images défilent devant mes yeux. Je me sens bizarre. Je suis présent et absent a la fois. Soudain, sans crier gare, tout redevient clair dans ma tête. Je me souviens ! Cette mobylette est a moi ! Mes patrons ne sont pas d’accord que je la garde. Ils ont beaucoup crié avec moi. Et moi je.... Le tas de fumier.... La mobylette....  Maintenant je me souviens parfaitement !

Le plus naturellement du monde, je me surprends a contrôler si la roue avant de mon engin n’est pas voilée. Mais déjà ma pensée est ailleurs. Je me remémore ce qui a put être une crise de nerf. J’ai dut tomber dans les pommes. Franchement, je suis bon a enfermer dans un asile psychiatrique !
Je ne suis pas le seul fautif. Eux aussi, mes patrons, ces gens qui doivent soit disant s’occuper de mon avenir, eux aussi ils sont responsables. Ils pourraient se comporter normalement avec moi ! Mes copains qui sont commis de ferme, tout comme moi, n’ont pas tout ces problèmes ! Bien au contraire, ils s’entendent parfaitement avec leur patron.
D’accord ! Eux ne sont pas tous de l’assistance publique. Leurs patrons ne sont pas tous famille d’accueil. Mais quelle différence y a t il avec moi ?

Quelle différence ? J’ai mis le temps a me rendre compte de ces différences.
Quinze ans ? Vingt ans ? C’était hier, avant hier, c’était il y a longtemps et pas longtemps. Les nuits ou je n’arrivais pas a dormir. Les nuits ou les fantômes de mon enfance venaient se moquer de moi.
Pourquoi a l’instant présent, j’utilise le passé dans mon écrit ? Mes fantômes ne m’ont jamais quittés ! Ils ne me quitteront jamais ! Ils sont là, autour de moi, en moi, guidant mes mains sur le clavier. Un mot trop doux, une phrase trop simple, tout de suite ils se rappellent a mon souvenir.

" Non Dominique, non ! Ce n’est pas ainsi que cela c’est passé, tu te trompes. Rappelles toi ! Tu confonds bonheur et malheur. Regarde dans ton passé, suis-nous, regarde ta vérité, ta vie………. "

Laissez-moi tranquille, allez-vous en, effacez vos visages de l’écran, disparaissez. Je n’ai plus le temps. Je dois parler, écrire, témoigner, un jour peut être un môme aura besoin de mon écrit………
Non ! Je sais très bien pour qui sont ces mots que j’aligne bout à bout depuis des mois. Ils sont pour moi, pour moi seul. Qui d’autre que moi a besoin de mélanger le passé avec le présent ? Ma douleur est puissante, destructrice, ma douleur est ……… ma douleur, c’est moi.

Assis au fond du garage, j’observe mon patron qui reste planté comme un arbre au milieu de la cour. Il est mal a l’aise, il veut faire quelque chose, mais ne sait pas quoi.
Qu’il rentre chez lui et qu’il me laisse tranquille ! Il m’a fait suffisamment de mal. Je le méprise de plus en plus. Combien de temps faudra-t-il que  je supporte son regard ? Sa présence ? Je dois faire quelque chose, n’importe quoi, du moment que cette situation cesse..........


                         La suite dans quelques jours
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« Répondre #70 le: 06 Octobre 2016 à 23:29:24 »

.

                                    Je ne me contrôle plus. D’un bond je me relève et commence a avancer d’un pas assuré vers mon patron. Ce que je vais faire ou lui dire, je ne le sais pas encore. Mes poings sont serrés, prêts a taper ou faire n’importe quoi. Plus rien n’a d’importance. J'arrive face a cet être que je ne respecte plus depuis bien longtemps. Mon visage est contre le sien. Je sens son souffle court et fade envahir mes narines. Ce type me dégoûte, je dois le détruire, le cogner. Je dois....
Alors que je suis sur le point de commettre l’irréparable, sans dire un mot, sans un regard à mon encontre, monsieur se retourne et s’en va !

C’est le comble ! Ma rage est multipliée par cent. Il croit qu’il va s’en sortir de la sorte ! Jamais de la vie ! Alors je commence a hurler son nom. Je devrais dire j’essaie de hurler son nom. Parce qu’un problème que j’ai souvent tendance a oublier viens de se rappeler a mon bon souvenir. Mon légendaire, mon incontournable, mon ennemi de toujours, mon seul bien que personne ne convoite, mon bégaiement.... Oui ! Mon bégaiement a décidé de me bloquer au milieu du nom de mon patron.

Ce dernier s’arrête comme si une corde tendue l’empêchait d’aller plus en avant. Il reste immobile quelques secondes, puis se retourne vers moi. L’expression de son regard en dit long sur le plaisir qu’il éprouve a me voir en difficulté verbale. Et moi, pauvre idiot, au lieu de fermer ma bouche, je continue a tenter de sortir cette lettre qui, je peux l’avouer, déclenche souvent mon bégaiement. Comme il s’agit de la lettre S, que j’entonne par saccades répétées et soutenues, je dois admettre qu’il peut y avoir un coté comique a cette situation.  Alors que je suis a la limite de l’étouffement, mon patron se dirige vers moi en me disant

" Arrête de  siffler comme un serpent et reprend ta respiration. Tu vas mourir étouffé !"

S’en est trop pour ma dignité de môme. Il ne me reste plus qu’une solution pour mettre un terme a cette situation. La fuite..... Comme a chaque fois quand je ne sais plus quoi faire, la fuite. Alors je courre comme un dératé au milieu des volailles de la basse cour. Pour couronner le tout, je hurle à pleins poumons.
Il n’y a plus de doute possible, je suis fou ! Parce que je suis certain de quelque chose d’effroyable et d’hallucinant à la fois. Dans mon fort intérieur, j’ai conscience que je me comporte comme un débile mental. Pendant que je hurle en courant, je me dis pour moi-même que je devrais arrêter de hurler et courir. Mes pensées sont......

" Pourquoi tu te comporte de la sorte ? Tu es fou !  Arrête et va te faire enfermer ! Tu n’es pas un être humain ! Arrête de courir, arrête de hurler, tu es fou ?"

Voilà a peu de mots près ce qu’une petite voix intérieure me dit a chaque fois que je ne contrôle plus mon comportement. C’est difficile de vivre avec ce mélange de deux comportements. Oui ! Ce mélange. Je sais qu’il ne me faut pas grand chose pour que je réussisse à mettre de l’ordre dans mon cerveau. Malheureusement, je sais aussi qu’il ne me faut pas grand chose pour que je franchisse la frontière de la débilité. Je suis compliqué, simple, trop compliqué, trop simple. C’est horrible, n’est ce pas ?
Mais voilà, c’est comme ça.... Par avance, je peux avouer que cette tare ne m’a jamais quitté. Au fil des années, elle est devenue le complément indispensable au brouillon de ma vie.

Lentement je me suis remis de cette histoire. Ma mobylette ! Je l’ai gardé. Ma patronne, mon patron, jamais ils n’ont fait allusion en aucune sorte que ce soit, a ce qu‘il s’était passé. Par leur silence, ils ont fait disparaître quelques pages de ma vie. Plusieurs fois j’ai essayé de leur parler, de leur expliquer, de leur faire comprendre que.... Que dois-je leur faire comprendre ? Moi-même je ne comprends rien a ma vie ! Pourtant, j’ai la certitude que si je peux parler de mon problème  avec eux, il se peut.... Je ne sais pas, je ne sais plus. Et de toute façon, "m’en fous.....".

Ainsi c’est passé un nouvel épisode douloureux de mon existence. Un enfoncement inexorable vers les méandres médiocres  d’une douleur sans remède.

                                         
Quelques temps plus tard........


                 " A partir d’aujourd’hui, je t’interdis de sortir le chien. Ils ont mis des boulettes de viande empoisonnées pour tuer les renards".


C’est par cette phrase, que ce matin mon patron m’accueille à mon arrivée dans l’écurie avec le troupeau de vaches. Est-ce que je dois lui répondre quelque chose ? Je ne le sais pas. De toute façon, je n’ai rien compris à ce qu’il m’a dit. Et je ne vais sûrement pas me donner la peine de lui demander de répéter sa phrase. Parce qu’aujourd’hui c’est dimanche, et après avoir emmené les vaches au pré, j’enfourche ma mobylette pour une balade entre copains.
Direction les Vosges ! Une soixantaine de kilomètres nous attend. Donc aujourd’hui rien ni personne ne doit ou ne peut se mettre en travers de mon chemin. Encore moins mon patron qui semble à nouveau faire une crise de jalousie envers le chien.

"  Est-ce que tu as compris ce que je viens de te dire ?"

Je tourne la tête dans sa direction et lui fait le plus idiot de tous les sourires que je dispose dans ma réserve.

" Mais c’est qu’il se moque de moi !"

S’il continue à hurler de la sorte, c’est sur qu’il va s’étouffer. Alors pour le calmer, je lui dis

" Je n’ai rien compris à ce que vous m’avez dit "

A peine ma phrase lancée, je peux certifier que mon patron est vraiment en train de s’étouffer. Alors pour l’énerver encore plus, je lui fais un regard rempli de compassion. Puis, pour couronner le tout, je mets mes mains devant ma bouche tout en transformant mon expression a l’étonnement.
Pauvre patron, il tousse, crache, et jure à la fois. Même la vache qu’il est en train de traire, le regarde avec un air de compassion.

Ma patronne, qui se trouve à l’autre extrémité de l’étable lance quelques regards furtifs dans notre direction. Ne comprenant pas ce qu’il se passe, elle sourit à mon patron. La situation est trop comique. Le chien aboie joyeusement. Alors, je ne résiste pas plus longtemps. Je me lance dans un fou rire, tout en imitant mon patron qui s’étouffe. Voyant cela, ma patronne entre elle aussi dans un fou rire. Comme elle ne sait pas rigoler, ou plutôt je devrais dire qu’elle a un rire marrant, je pars de plus belle dans un fou rire qui ce coup ci m’emmène au même niveau d’étouffement que mon patron. J’ai trop mal au ventre et aux poumons.
Soudain, la vache que mon patron est en train de traire, envoie à ce dernier un magistral coup de patte. Mon patron est expédié en bas de son tabouret de traite. Ma patronne accourt pour l’aider a se relever. Lui, ne veux pas de l’aide de son épouse. Il est toujours persuadé qu’elle se moque de lui, mais à cause de sa toux, il ne réussit pas a le lui dire. S’en est trop pour moi. Doucement, je me laisse tomber au sol, tout en faisant semblant que je viens de prendre un coup de patte d’une vache. Couché par terre, en train de faire l’idiot, je ne remarque pas tout de suite que la situation a changé.

C’est quand je n’entends plus le rire comique de ma patronne, que j’entrouvre les yeux. Mon rire se bloque net ! Penché au-dessus de moi, son visage a quelques centimètres de ma figure, mon patron me donne l’impression qu’il va faire de la chair a farce de ma personne. Tout de suite, je donne une expression de peur a mon visage.  Aussitôt mon patron se retire d’au-dessus de moi et tout en tendant ces bras vers moi il me dit......
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« Répondre #71 le: 20 Octobre 2016 à 01:15:31 »


" Calme-toi Dominique ! Ce n’est rien. Je ne veux pas te faire de mal ! Viens,  lève-toi "


Ça marche ! Il est tombé dans le panneau ! Il me suffit de faire semblant d’avoir peur, pour qu’ immédiatement ce type me laisse tranquille. Ou alors, il a peur que je replonge dans ma folie récente ! De toute façon, quelle que soit la raison de son hésitation, c’est ce résultat positif qui compte. Le reste n’a que peu d’importance. Je profite de cette situation nouvelle pour quitter les écuries et rejoindre ma chambre. Puisque ça marche, ils ont qu’a finir de traire les vaches sans moi. Il me faut quelques minutes pour changer de vêtements.

Sans faire de bruits, je quitte ma chambre et me dirige vers le garage pour prendre ma mobylette. Après un énième contrôle visuel de mon engin, je démarre le moteur. Alors que je descends la machine de sa béquille, une main se pose sur mon épaule en même temps qu’une voix me dit

" Fais attention sur la route, ne roule pas trop vite. Tiens prends ça ! "

C’est la voix de mon patron. Je suis sur que mon cœur c’est arrêté de battre pendant quelques secondes. Je tremble de tout mon corps.
Je tourne mon regard vers sa main tendue, pour apercevoir un beau billet de 10 francs.

"  Tiens, prends le ! Après tout, c’est ton argent ! Tu travailles pour ça ! "

C’est trop pour moi. En une fraction de seconde, j’ai mal a la tête. Pourquoi ces gens se comportent-ils de cette manière a mon égard ? Je suis certain qu’ils ont décides de me rendre fou. Et ça marche ! Bientôt je ne saurais plus comment je m’appelle.
Mon patron me glisse de force le billet de 10 francs dans la poche de ma veste. Aussitôt je met du gaz et quitte la cour de la ferme sans me retourner. Mais au bout d’une centaine de mètres, je fais demi-tour et reviens vers mon patron qui n’a toujours pas bougé de place. Arrivé devant lui, je coupe le moteur de mon engin, et mes yeux droits dans ceux de mon patron, je lui dis

" merci, c’est gentil..... je ferais attention sur la route "
 
Il ne dit rien. Mais ces yeux trahissent des sentiments que je ne lui connais pas. Décidément, je ne comprendrais jamais rien aux adultes. Ils sont  trop compliqués. Je remet mon engin en marche et, le cœur joyeux, je pars rejoindre mes copains.

Cette journée est restée inoubliable dans mes pensées. Pourquoi ? La raison en est simple. Mes patrons ont un cœur ! Ils ont toujours eu un cœur. C’est moi qui ai oublié une chose essentielle. Comme tous les gens de leurs générations, ils ne savent pas ou n’osent pas exprimer leurs sentiments. Dans la famille d’accueil précédente, Monsieur et Madame X se sont comportés de la même manière que mes patrons actuels, quand il c’est agi de me montrer leurs sentiments de bonté, d’amour.
Ces gens disposent d’une richesse matérielle qu’ils savent exposer au vu et su de tout le monde. Ce n’est pas fait exprès ! Puisque c’est un patrimoine financier transmis de parents a enfants. Je peux certifier que ces gens n’ont pas conscience de leur fortune matérielle.
Mais pour ce qui est de la richesse du cœur, c’est tout a fait différent. Ils font un blocage sentimental.

Alors, pour un môme comme moi qui a besoin a tout moment de se savoir aimé, la vie n’est pas facile. Mon rêve, ce serait qu’un matin au réveil, mes patrons me disent quelques mots gentils accompagné d’un sourire. Pour l’instant, je n’ai droit qu’au

" Tu es encore fatigué ? Tu t’es couché tard hier soir ? C’est le métier qui rentre, tu comprendras plus tard. Quand tu seras plus grand, tu nous diras merci "

Vous dire merci ! Quand je serais plus grand ! Ce n’est pas quand je serais plus grand que j’aurais besoin de vous, c’est maintenant ! Je ne suis qu’un môme ! J’ai subi la maltraitance physique, la maltraitance psychologique, la maltraitance verbale. Quand tout cela prendra-t-il fin ? Jamais ? Mais si, Dominique, ils n’arrêtent pas de te le dire. Tout cela prendras fin quand tu seras grand ! Seulement voilà ! 

"Quand je serais grand... ..." 

C’est quoi ? C’est ou ?  Je ne comprends pas. Je ne comprends plus. C’est maintenant que j’ai besoin de sentiments différents. C’est maintenant que je veux que l’on me dise... ... Qu’est ce que je veux que l’on me dise ? Je ne le sais pas....
Bien sur que je le sais. Je connais des mots gentils que l’on peux dire a quelqu’un pour qui on a de l’estime. Seulement voilà..... est ce que eux, mes patrons, connaissent ces mots gentils ? Je ne sais pas, ils doivent en avoir plein, enfouis au fond de leur cœur et recouverts de poussière. C’est normal, ces mots ne leur servent jamais. Puisqu’ils ne rapportent rien ! Financièrement parlant, je m’entends.
Et voilà, je me suis encore égaré sur une pente glissante qui, a chaque fois me fait dire tout haut ce que mon cœur pense tout bas. Et, je ne vous apprends rien, amis (ies) lecteurs (trice), en vous disant que la réalité dépasse souvent de très loin la pensée. Ainsi est faite la vie !   



                                                                           
*******   
               



Nous sommes un soir de semaine quelconque. Il fait encore grand jour malgré l’heure avancée. Cela fait pas mal de temps que je n’ai pu profiter d’une soirée. Seulement voilà ! Depuis quelques jours, je suis plongé dans mes pensées de famille. Malgré ce que je peux en dire, mes frères et sœurs me manquent....Tous.
Assis sur un tas de bois, tout en broyant du noir, je regarde jouer mon chien. Un rien lui suffit pour s’amuser. Ce coup ci, il joue avec un morceau de bois. Plusieurs fois il me le dépose devant mes pieds. Mon chien m’invite a son jeu. Je n’ai pas le cœur a jouer. Mais comment lui faire comprendre cela ? Comme un idiot, je ramasse le morceau de bois pour le jeter plus loin. Aussitôt le chien me le ramène et le dépose a mes pieds. De rage, je ramasse le bout de bois et le relance encore plus loin que la fois précédente tout en disant au chien

" Laisse moi tranquille ! Je n’ai pas envie de m’amuser. Va jouer ailleurs, tu m’énerves. "

Il m’a fallut plusieurs lancers de bâtons pour réaliser que je suis en train de m’amuser involontairement avec mon chien. Le pire, c’est que cet animal m’a fait oublier que je suis triste. Pour la énième fois, je viens de réaliser que grâce a lui, j’ai oublié ma famille, ma tristesse, mon malheur.
Souvent je me plais a penser que ce chien a un impact psychologique sur ma personne. Je ne sais pas comment l’expliquer. Toujours est-il qu’a chaque fois ou je vais mal, c’est vers mon chien que je me tourne. J’ai appris a dialoguer avec lui. Je devrais dire a monologuer.
Je suis certain que mon chien comprends ce que je lui dis. Cela se remarque a sa manière de me regarder. Quand je suis au plus haut de mon chagrin, il dodeline de la tête comme s’il essayait d’approuver me complaintes. Parfois son regard semble pénétrer jusqu ‘au plus profond de mon cerveau.
Mon chien est devenu mon médicament. Je suis dépendant de cet animal. Je ne m‘ en plains pas ! Bien au contraire ! Du fond de mon cœur, je souhaite que cette situation ne change jamais. Si cela devait arriver, je ne sais pas ce que je deviendrai. J’ai plus besoin de lui qu’il n’a besoin de moi.
Et pourtant, ce soir là........
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« Répondre #72 le: 31 Octobre 2016 à 22:31:57 »



                                                      ...............Tout en jouant avec le chien et sans en prendre conscience, nous nous sommes éloignés de la ferme. Trois cent, quatre cent mètres, mais pas plus. Mon chien, le bâtons dans la gueule, court comme il n’a jamais couru. Ce qui est normal, vu que je lui courre après. Bien sur, la lutte est inégale mais je me défend pas mal. Plusieurs fois je le rattrape, au point de le toucher. Au bout de quelques minutes de ce jeu, épuisé, je me laisse tomber dans l’herbe. Aussitôt le chien me rejoint pour tout de suite me sauter dessus. J’en profite pour lui voler son bâton. D’un bond je me relève et jette le morceau de bois le plus loin possible. Sans attendre, le chien se lance a la poursuite de son jouet de fortune.

Je me laisse a nouveau tomber dans l’herbe. Je ferme les yeux pour imprégner mon cerveau de ce moment unique de détente. Je laisse mes pensées m’entraîner ou bon leur semble. Devant moi défile le monde entier. Gentils, méchants, beaux, moches, tout m’est égal. A cet instant, rien ne peux altérer ma joie de vivre, de penser. Au bout de quelques instants, une certaine nonchalance s’empare de moi.

Quand j’ouvre les yeux, il fait nuit. Je me suis endormi dans les prés ! Comme un animal sauvage, comme..... comme mon chien. Couché a mes cotés, il dort du sommeil du juste. Après tout, pourquoi je devrais rentrer.... C’est le chien qui a raison! De toute façon, j’ai loupé le repas du soir. Alors, autant profiter au maximum de cet instant présent. C’est tellement rare.... Je m’allonge tout contre mon chien. Je respire son odeur. Elle a changé, ce n’est plus l’odeur du petit chiot que j’avais connu.... Dommage, je l’aimais bien, cette odeur. Et son souffle de chiot, est ce qu’il a lui aussi changé ?
Pour m’en assurer, je rapproche ma figure de sa gueule. Pendant ce temps, lui, ne bouge pas d’un poil. D’habitude, un rien le réveille ! Et là, je peux me permettre de le déranger dans son sommeil, sans obtenir de réaction de sa part. Ma figure est a quelques centimètres de sa gueule, je ne sens rien ! Ce n’est pas normal ! Alors je décide de secouer ce fainéant. Il n’y a pas de raison qu’il dorme, alors que moi je veux savoir quelque chose.

"Allez le chien, réveille toi, tu as assez dormi !"
   
Je le secoue de plus en plus fort. Le chien ne réagit pas. Je commence a comprendre que quelque chose n’est pas normal. Il est... il est.... mon chien est mort ! Non, ce n’est pas possible, il n’a pas le droit, il n’est pas mort ! Je secoue la tête de mon chien dans tous les sens. Aucune réaction, rien. Mon chien est mort a coté de moi, tout contre moi, il est mort seul. Moi, je dormais. J’ai laissé mon chien mourir comme un..... comme.... Il est parti sans me prévenir, sans..... Peut être a-t-il essayé de me réveiller ? Et moi je n’ai rien senti....

Plusieurs minutes je reste sans réaction a coté de ce cadavre qui il y a encore une heure ou deux, jouait avec moi. J’ai beau réfléchir a ce qu’il a pu lui arriver, je ne comprends rien. Avec ma main, je parcours le corps entier de mon chien. Je cherche une blessure quelconque. Rien ! Pas une trace de sang, pas la moindre plaie, rien. Assis a coté de mon chien, je cherche a comprendre ce qu’il a pu se passer. Pourtant, il y a quelque chose qui me tracasse. Dans sa mort, mon chien semble avoir maigri. Ces cotes ont l’air d’être comprimées vers l’intérieur de son corps. Il y a aussi sa gueule qui n’est pas normale. Elle est grande ouverte.  Soudain, je commence doucement a réaliser ce qu’il c’est passé.

Il y a quelques jours, un agriculteur du village a découvert un renard mort dans son poulailler. Comme je n’avais jamais vu de renards de près, le soir même avec les copains, nous sommes allés voir cette bestiole. L’agriculteur nous a dit que ce renard a été empoisonné volontairement pour cause de rage dans la région.
La mort de mon chien ressemble étrangement a celle de ce renard. Donc, mon chien a été empoisonné ! Je commence a me souvenir de la phrase de mon patron, quelques jours plus tôt, au sujet de boulettes de viande empoisonnées qui ont été réparties dans la région.
Je me souviens aussi qu’il m’a ordonné de ne pas emmener le chien a travers la campagne..... Quel idiot je fais ! Mais pourquoi je suis incapable d’obéir ? Ça ne loupe pas ! Il ne se passe pas quinze jours, sans que je sois responsable d’une nouvelle catastrophe. Le plus horrible, c’est que cette fois ci, a cause de moi, mon chien est mort.

Mort ! Mais alors, ça veux dire que je suis de nouveau seul ! Que je n’ai plus personne a qui confier mes malheurs ! Que mes balades a travers la campagne, je vais devoir les faire en solitaire ! Que.… que.….

Mon chien est mort et moi je pense a ma petite personne. Je suis responsable de sa mort, et je ne fais rien de mieux que de m’apitoyer sur mon sort. Je ramasse mon chien et je le porte jusqu'à la ferme. C’est pendant ce parcours difficile, que j’ai appris la compassion envers un animal.
Dans l’agriculture, on est continuellement confronté a la mort animale. Ce sont les bovins qui partent vers la boucherie, les cochons également, les petits veaux subissent le même sort, les volailles, toutes les bêtes de la ferme sont appelées un jour ou l'autre a terminer leur vie sous le couteau du boucher. Cela fait de moi un gamin qui trouve la mort animale naturelle. Mais ce soir, le sentiment de tristesse que j’éprouve pour mon chien est identique a celui que je ressens quand je pense a ma famille. Exactement de la même force. J’ai envie de chialer, de hurler, de cogner, de disparaître. Mais bien vite, mes maux de tête reprennent le dessus sur ma douleur. Alors je me calme pour pouvoir ramener mon chien jusqu'à la ferme. Au moment ou j’ouvre la porte de l’écurie pour y déposer ce corps sans vie, la voix puissante de mon patron m’interpelle

" Qu’est ce que tu as fais au chien ? "

Je n’ai pas envie de lui répondre. Pas maintenant. Je suis triste, révolté, j’ai mal a la tête, je ne suis pas bien. Alors, sans lâcher mon chien, je m’adresse a mon patron qui commence sérieusement a m’énerver. D’une voix lourde et pesante, je lui dis

" Dégage de mon chemin "

La réaction de mon patron est instantanée. Il me gifle a plusieurs reprises de toute ces forces. Sur le coup, j’ai l’impression que ma tête va faire deux tour sur mes épaules. Le pire, c’est que je ne ressens aucune douleur, bien au contraire. Je souhaite presque qu’il me frappe encore. Je n’ai pas envie de pleurer, ni même de hurler. Je réalise que cette fois ci, je mérite une correction. C’est bien la première fois ! Jamais ce sentiment n’était apparu en moi, le môme qui en a pris plein la gueule pendant des années, je souhaite, je revendique une correction ! Je suis perturbé, troublé.

Mon chien dans les bras, je regarde mon patron. Silencieusement, je le supplie de faire quelque chose. Quoi ? Je ne sais pas. N’importe quoi, il pourrait ramener mon chien a la vie ! Lui qui sais tout, qui connais tout mieux que n’importe qui, c’est le moment de prouver que rien ne lui résiste ! Il comprends ce que j’attends secrètement de lui. Je le lis dans ces yeux. Il est impuissant a ce drame, comme moi, comme n’importe qui le serai a ce moment précis. Alors il me dit

"Je ne sais pas quoi te dire. Si tu m’avais obéi, cette pauvre bête ne serait pas morte. Tu es responsable de sa mort. Le plus grand mal que je te souhaite, c’est que de toute ta vie, tu n’oublies jamais que cet animal est mort a cause de toi "

Tout de suite après, il se retourne et disparaît vers sa maison, son antre, son château fort. La phrase de mon patron me fait mal, plus mal que les gifles de tout a l’heure, aussi mal que les plus fortes souffrances subies lors de la maltraitance physique que "l’autre" m’a infligé. Alors je me laisse tomber a terre, mon chien dans mes bras, je pleure.

Ce soir, a ma douleur, c’est ajouté quelque chose que je ne connais pas. Au fond de ma gorge, j’ai la sensation d’avoir un nœud qui se serre de plus en plus. Plus je regarde les yeux sans vie de mon chien, plus cette douleur nouvelle est vive. Je recherche autour de moi  une aide morale, mais je suis seul, très seul. Seul comme je pense que je ne le serais jamais plus. Seul avec la mort de mon chien, mon compagnon de ballade, de jeux, de.... Mon chien est mort. Assis dans la paille, je me remémore tous les moments passés avec cet animal. Au début, alors qu’il n’était qu’un chiot, il m’avait choisi comme ami. Puis, en grandissant, il m’a accepté comme maître. Quelle fierté ce jour là !
Les nombreuses promenades que nous avons fait ensemble, les découvertes en tout genre, les courses effrénées, tant de choses nous rapprochaient, nous rendaient complice. Pour la première fois de ma vie, un être vivant était devenu dépendant de ma personne. Ce n’étais qu’un animal et je n’ai pas été capable de remplir ma tâche.

Je t’ai emmené a la mort. Ma non obéissance a réduit a néant le seul lien affectif que j’entretenais avec un être vivant. La nuit entière, je suis resté a veiller cet animal. C’est ce soir là que j’ai pris une décision qu ‘aujourd’hui encore je respecte a la lettre.

Pour le restant de ma vie, je jure que j’aurais toujours un compagnon canin a mes cotés. Alors que je fais apparaître ces mots sur l’écran de mon ordinateur, a mes cotés est couché mon berger allemand de treize ans. J'ai eu huit chiens durant ma vie. Celui qui est près de moi est le septième..... le huitième est mort cette année..... il avait six ans.
A aucun moment de ma vie je n’ai pu concevoir de rester sans chien. Pourtant, jamais je n’ai oublié ce premier et fidèle compagnon. Il est toujours présent dans ma mémoire.
Son nom ! Jamais il n’en a eut. Je l’appelai  "le chien". Tout simplement........
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« Répondre #73 le: 07 Novembre 2016 à 22:45:23 »


                                    ........Les semaines passent lentement, tristement, mon chien me manque. Depuis quelques jours, je prends conscience que plus rien ni personne ne me retiens dans cette ferme. Je songe sérieusement a partir. Pour aller ou ? Je ne le sais pas. Mais cela a-t-il une quelconque importance ? Au plus profond de moi, je sais que je dois quitter ces gens, cet endroit. Depuis ma naissance, c’est la troisième fois que je change de lieux, de gens, de tout. J’ai l’impression que c’est plus un besoin, qu’une obligation. Pourtant la situation est différente du fait que personne ne me force a m’en aller.  Pour un peu, je trouve cela agréable. Je crois bien que je commence a maîtriser mon avenir, mon devenir. Mais il y a toujours un grain de sable qui fait que les rouages du déroulement de ma vie ne tournent jamais a la même allure. Pour partir, il faut une raison. Tout déplacement d’un être humain, aussi anodin soit-il, est géré par la pensée d'un lieu, d'une raison. Moi, je veux partir. Ou ? Je ne sais pas ! Pourquoi..... je ne le sais pas vraiment. Alors, je ne peux pas partir.

Assis depuis plusieurs heures a l’ombre d’un arbre, mes pensées filent bon train. Pourquoi je ne donnerai pas une raison a mon départ ? Depuis quelques temps déjà, une idée que je me refusai a penser, envahie de plus en plus mon cerveau. Chaque jour qui passe fait que cette idée devient de plus en plus puissante. Je sais que je ne dois pas penser a cela, mais c’est plus fort que moi. Je sais que dans ma tête  ce n’est rien de mal, et en même temps, je sais que je ne dois pas le faire.

Voilà ! J’ai une mobylette. J’ai du temps libre. Je n’ai pas peur de rouler loin de la ferme. Un dimanche, j’ai effectué quatre vingt kilomètres. Sans aucun problème ! Mon idée est la suivante. J’ai envie de rouler jusqu'à l’endroit ou habite ma famille.....

Oui ! Je sais que je suis fou, mais c’est plus fort que moi. Attention ! Je ne veux pas les rencontrer, non ! Je veux les voir. Voir sans être vu ! Juste un instant, le temps de.... Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je ne rentrerai en contact avec aucun d’eux, je veux juste les voir. Surtout qu’ils n’habitent pas loin, une centaine de kilomètres, tout au plus.
Je roule jusque la bas, avec de la chance je les vois, et je repars. Je verrai peut être une de mes sœurs, un frère ou alors papa ! Qui sait ? Il se peut aussi que je ne puisse voir personne ! C’est tout a fait plausible. Ils ont peut être déménagés ! Il est aussi possible que je ne trouve pas la route pour aller la bas ! Je peux me tromper. Tellement d’incertitude, tellement de certitudes, tellement de peurs, de.… Tellement d’envie. Envie de quoi ? Envie de décider de mon destin, de mon avenir……… Envie…… Tout simplement.                

Comme un automate je me dirige vers ma chambre. Ce que je m’apprête a faire, depuis quelques temps déjà, je l’ai fait par la pensée. Je n’ai pas besoin de réfléchir. Tout est programmé, pensé, prévu. Mon sac a dos avec des affaires de rechange, quelques friandises pour contrer la faim, mon argent de poche économisé depuis quelques semaines, et la lettre....

La lettre ! C’est pour mes patrons en cas de non-retour, on ne sait jamais ! Si je ne rentre pas dans la soirée, ils ne se gêneront de fouiller ma chambre.

Ne pas revenir, rester la bas, je dois avouer que cette idée me hante l’esprit de plus en plus. Il faudra seulement que je trouve quelqu’un chez qui je peux manger et dormir. Je pense souvent a une de mes sœurs aînée. La deuxième. Elle était gentille avec moi, a part le jour ou elle a dit a papa que c’était vrai que j’ai fait des attouchements a ma petite sœur. Peut être qu’elle avait peur de (l’autre) !  Oui, elle devait avoir peur, puisqu’elle pleurait !
Et son mari aussi est gentil. Il m’a sauvé la vie en me sortant des coups de (l’autre), le jour ou elle a failli me tuer. Si je vais vers eux, peut être que…… Pourquoi "Peut être que".... Je sais ce que je vais faire, je sais même ce qu’il va se passer ! Il ne peut pas en être autrement. C’est mon avenir, mon destin.
Quant a toi, petit patron puissant, dans la lettre il est écrit que celui dont l’avenir est de "ramasser la merde au cul des vaches", il est parti.... Parti sans se retourner, sans un regard pour qui ou pour quoi que ce soit. Son regard porte loin, très loin. La bas, quelque part dans un coin de cette lorraine, un nouveau défi l’attends. Une nouvelle vie va prendre forme ! Oui, il en est sur, il lui suffit de tout faire pour que cela réussisse. Alors vois tu petit patron décideur de mon avenir, tu peux te chercher un nouveau commis de ferme. Seulement, permet moi de te donner un conseil, embauche un commis de ferme adulte, pas un enfant. Tu sais faire fonctionner une exploitation agricole, mais tu ne connais rien dans tout ce qui a trait a l’être humain. Surtout quand cet être humain est un enfant qui ne t'appartiens pas. Adieu petit patron "je sais tout"  Adieu et merci. Pourquoi merci ! Comme ça, tout simplement.
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« Répondre #74 le: 16 Novembre 2016 à 23:56:32 »

 ......Accompagné du ronronnement régulier du moteur de ma mobylette, c'est avec des pensées joyeuses que je me dirige vers mon nouveau destin. Tout autour de moi, la nature semble m’encourager. Au fil des kilomètres, les panneaux indicateurs affichent des noms de villes qui me sont familiers. Je dois avouer que depuis quelques temps déjà, je possède une carte de la région. J’ai appris a la lire et c’est de cette manière que j’ai constaté que je me trouve tout au plus a une centaine de kilomètres de ma…...  de mes frères et sœurs.

Soudain, sans crier gare, mes fantômes surgissent dans mes pensées. Et si c’est "l’autre" que je rencontre en premier ? Qu’est ce que je devrais faire ? Qu’est ce que je devrais dire ? Je n’ai pas oublié l’enfer vécu ce fameux jour au tribunal ! Je lui ai dit que je ne voulais plus jamais la revoir. Et maintenant, c’est moi qui me dirige vers elle ! Non, ce n'est pas possible que je fasse cela..... je ne dois pas retourner la bas.

Doucement, je commence a couper les gaz de mon engin. Je tourne dans un petit chemin de terre et je roule jusqu'à ce que je ne sois plus visible de la route. Assis a l’ombre d’un arbre, mon cerveau bouillonne. Mes maux de tête m’empêchent toute réflexion logique. Retourner vers la ferme, continuer mon chemin, je ne sais plus ce que je dois faire. Je me sens mal, j’ai des nausées. Mon mal de tête est de plus en plus puissant. Il faut que je ferme les yeux, juste un moment, un instant, un……

Il fait nuit, les étoiles brillent de toute leur splendeur et…… j’ai froid ! Depuis combien de temps je dors? Je ne le sais pas. Quelle heure est-il? Je ne le sais pas. Toujours est-il que je me retrouve au milieu de la nuit en pleine campagne, dans un lieu que je ne connais pas. Pour ne pas arranger les choses, j’ai une frousse de tous les diables !
Il me faut plusieurs minutes pour habituer mes yeux a l’obscurité. Tout est silencieux. Seul un vent léger remue quelques branches. Je ne sais pas quoi faire pour me donner le courage de bouger.
Bouger ! Mais pourquoi ? Il fait nuit, je ne sais pas ou je suis. Je ne suis plus certain de vouloir retourner vers ma famille. Je suis certain que je ne peux plus faire demi-tour vers la ferme, mon patron a du découvrir ma lettre………

Reste assis petit Dominique, reste assis et ne bouge pas. Tu ressembles a un animal terrorisé, tu es perdu au milieu de cette nature peinte de la couleur de la nuit. Pourtant, quand tu étais plus petit, c’était dans le noir, la couleur de la nuit..... que tu trouvais refuge! Ne pensais tu pas en ce temps là que le noir est " protecteur !"
Tu as changé Dominique, serais tu devenu quelconque ? Qui es tu ? Tu ne le sais plus. Avant cela, tu entretenais une haine féroce envers "l’autre". Tu voulais même la tuer ! Ensuite, tu as abandonné une famille d’accueil qui t’aimais. De chez eux tu es parti la nuit, comme un voleur, un moins que rien.

Mais oui ! C’est vrai ! Je suis parti la nuit et je ne me souviens pas d’avoir eu peur ! Au contraire, je me sentais en sécurité. Et maintenant, j’ai peur de la nuit! Non, c’est impossible, je n’ai pas changé a ce point. Je suis et je veux rester celui qui n’a pas peur de la nuit.
D’un bond, je me lève pour tout de suite marcher vers l’endroit le plus sombre de ce lieu que je ne connais pas. Je dois me prouver que la nuit est toujours et encore mon alliée. Une clôture de barbelé me barre le chemin. Qu’a cela ne tienne, je passe dessous et continue mon avancée au milieu d’un pâturage. Je n’ai plus de maux de tête, mes pensées sont limpides, je me sens mieux. Dans un recoin du parc, je devine des formes. Ce sont des vaches en train de brouter. Certaines sont couchées. C’est plus fort que moi. Il faut que je m‘approche du troupeau. Si je m’y prends comme il faut, je vais boire du bon lait tiède tiré du pis de la vache.
Encore quelques mètres et je suis au milieu du troupeau. Pour ne pas les effrayer, je leur parle d’une voix douce. Ça y est ! Je suis tout prés d’une vache. Elle ne bouge pas. C’est a peine si elle s’intéresse a moi. Je m’approche de son flanc tout en continuant de lui parler.

" Doucement ma belle, n’aie pas peur, je veux seulement un peu de lait. Calme....."

L’animal frémit. Ce qui me donne immédiatement une raison de douter sur la nature exacte de ce dernier. Je crois bien que je me suis fourré dans des ennuis qui pourraient, si je n’y prends garde, tourner au tragique. Autour de moi, quelques bovins se sont rassemblés et commencent a me sentir d’une manière qui m’enlève le dernier doute sur mon erreur. Ce ne sont pas des vaches, ce sont des bœufs. (Pour les non connaisseurs, un bœuf n’est ni plus ni moins qu’un taureau qui a été castré.)
Le danger, et je parle en connaissance de cause, le danger c’est que très souvent, l ‘agriculteur met un taureau au milieu des bœufs. Pourquoi ? Je ne le sais pas. Je sais que ça se fait depuis toujours. Peut être pour intimider les imbéciles de mon genre ! C’est  fort possible. Toujours est-il que je dois sortir de ce troupeau en entier. S’il y a vraiment un taureau, il ne vas pas tarder a se manifester. Tout en continuant de leur parler, je commence doucement a battre en retraite.

" Du calme...... sage les bêtes..... voilà..... gentils "

Je n’en mène pas large. Petit a petit, je commence a mettre de la distance entre eux et moi. Quand j’estime être suffisamment éloigné, je pique un cent mètre digne du plus grand sportif du moment. Des la clôture franchie, je souffle de satisfaction. Je rejoins mon arbre, m’allonge dessous et continue de faire ma nuit sans plus penser a rien.

Le gazouillis incessant des oiseaux me sort de mon sommeil. Je met plusieurs secondes a réaliser que je ne suis plus a la ferme. Assis dans l’herbe, je regarde autour de moi. A part la nature dans toute sa splendeur, il n’y a rien d’autre a voir. Quelques rayon de soleil percent a travers le feuillage de l’arbre qui m’a servi d’abri pour la nuit. J’ai faim !
Je fouille dans mon sac et en sort quelques barres chocolatées. Ce n’est pas l’idéal pour un petit déjeuner, mais a défaut de mieux. Tout en avalant mes friandises, je commence a me poser des questions sur la suite a donner a mon aventure.

Retourner vers la ferme et affronter le regard et les moqueries de mon patron, qui ne se gênera pas de me faire savoir qu’il a raison sur mon avenir....!
Continuer mon chemin vers une destinée dont je ne peux complètement prévoir l’issue finale.... !
Je ne sais pas, je ne sais plus. Il faut pourtant que je me décide rapidement. Pourquoi ? En mon fort intérieur, une troisième solution commence a prendre le dessus sur les deux autres. C’est aussi celle que je préfère le moins.
Il me suffit de rejoindre les bureaux de l’assistance publique, de jouer la comédie du pauvre petit garçon malheureux et le tour est joué.
Seulement voilà....... 
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